Un week-end à Aix-les-Bains, où Lamartine vit le temps suspendre son vol

Jan 11, 2026 | Aix-les-Bains, Chambéry

Au pied du sauvage mont du Chat s’étend le lac du Bourget, son abbaye royale et ses eaux romantiques. Il y a deux siècles, il inspira le cœur et la plume du poète. Visite.

Le jeune Alphonse de Lamartine aimait plonger son regard mélancolique dans les eaux calmes et profondes du lac du Bourget. Le jeune Alphonse de Lamartine aimait plonger son regard mélancolique dans les eaux calmes et profondes du lac du Bourget.
Le jeune Alphonse de Lamartine aimait plonger son regard mélancolique dans les eaux calmes et profondes du lac du Bourget. Franck Courtès / Agence VU

Quantité d’écoliers l’ont récité de tête. Ils y ont découvert spleen et mélancolie. Et que l’eau pouvait bien, à l’image d’une bête, mugir en harmonie. (« Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes »). Même le Capitaine Haddock, à la barre d’un canot, dans un célèbre album de Tintin (Le Trésor de Rackham le Rouge), se prend à déclamer son plus fameux quatrain : « Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence… »

Si tout le monde connaît Le Lac, combien savent qu’Alphonse de Lamartine (1790-1869) a composé son poème, emblème du romantisme à la française, sur les rives du lac du Bourget ? Dans ses jeunes années, le natif de Mâcon (Saône-et-Loire) s’est rendu plusieurs fois en villégiature à Aix-les-Bains, en Savoie. Officiellement pour cure thermale, comme la plupart des aristocrates de son temps, mais Lamartine ne souffrait ni des poumons ni de rhumatismes. Son mal était celui du (XIXᵉ) siècle : la dépression.

Les thermes anciens d’Aix-les-Bains, qu’a fréquentés le poète et écrivain.
Les thermes anciens d’Aix-les-Bains, qu’a fréquentés le poète et écrivain. Photo Monica Dalmasso / hemis.fr

Les pensions dans lesquelles le poète séjourna ont été démolies depuis longtemps, hélas. Subsistent les thermes nationaux, en cours de rénovation, avec leur imposante façade Art déco, et une statue en bronze de l’auteur (parc de Verdure, en face de la mairie), une autre en pierre (sur la plage de Chindrieux, un peu cachée) ou encore un buste (chemin de Coetan, à Tresserve). Au cap des Séselets, à Viviers-du-Lac, un bloc de granit a été posé sur la plage, gravé d’une strophe du Lac. Chaque site ou presque revendique la paternité de l’inspiration lamartinienne.

Flairant le filon, l’office du tourisme a édité une carte répertoriant les différents lieux où se mêlent l’histoire littéraire et les légendes romantiques et où le promeneur, solitaire ou non, est invité à la contemplation afin de « savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ». Dans ce même élan de pittoresque coquet et suranné, avec sans doute le fol espoir de suspendre le vol du temps et le cours des heures, l’ensemble des territoires qui bordent le lac du Bourget a habilement été rebaptisé « Aix les Bains – Riviera des Alpes ».

Portrait d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) par François Gérard, 1830.
Portrait d’Alphonse de Lamartine (1790-1869) par François Gérard, 1830. François Gérard / Photo Josse / La collection

Aucune mention toponymique précise des villages savoyards ou des trésors cachés de « la riviera des Alpes » dans les Méditations poétiques, le best-seller de Lamartine, publié en 1820, qui renferme ses poèmes les plus connus. Mais le doute n’est pas permis : le premier manuscrit du Lac avait pour titre « Ode au lac de Bourget ». La légende veut qu’un jour de tempête sur ledit lac, à l’automne 1816, alors qu’il navigue vers l’abbaye d’Hautecombe, monastère cistercien aujourd’hui accessible à vélo (26 km, par Portout) ou en bateau, Lamartine sauve de la noyade une certaine Julie Charles, dont il s’éprend aussitôt. Le hasard fait parfois bien les choses puisqu’elle est sa voisine de chambre à la pension Perrier alors située face à la mairie…

Mais Julie cumule les infortunes : elle est mariée au physicien Jacques Charles, de trente-huit ans son aîné, et atteinte de tuberculose, raison pour laquelle elle fréquentes « les eaux d’Aix ». À peine un an plus tard, elle meurt exténuée. Livrant son prétendant aux affres de la déprime. Il revient en Savoie, seul et inconsolé. Laisse couler ses larmes, laisse couler ses rimes.

Mais la véritable muse de Lamartine n’est pas Julie, c’est la nature environnante, dont les saisons épousent celles des sentiments. Comme ils sont inspirants, été comme hiver, de l’automne au printemps, les « riants côteaux », les « noirs sapins », les « rocs sauvages » du mont du Chat, en rive ouest du lac, la plus abrupte, la moins urbanisée.

Un séjour sur les traces du poète mélancolique doit inclure un pèlerinage dans le minuscule port de Bourdeau. Deux cygnes, trois bateaux, le soupir des roseaux. On s’y rend facilement depuis Aix, en une douce heure de bicyclette (15 km), en longeant les flots, via Bourget-du-Lac. Il faut ensuite emprunter à pied le sentier indiqué au bord de l’eau pour atteindre la grotte de Lamartine, où, dit-on, Alphonse et Julie se retrouvaient en cachette.

Deux siècles et des poussières après que les amants se blottirent en ces lieux à l’abri du rocher, le soleil de décembre, étonnamment clément, irradiait deux enfants jouant dans les galets. Le tableau était beau, le voyage achevé. On pouvait raccrocher la lyre et s’en aller.

VISITER
À l’abbaye royale d’Hautecombe, on recommande la visite de l’église (4,5 €) et plus encore celle, guidée, des terrasses et appartements royaux (7,5 €) avec des vues majestueuses sur le lac. hautecombe.chemin-neuf.fr. Location de vélo classique ou électrique à velodea.fr
Prendre de la hauteur au mont Revard (1 562 m), porte du massif des Bauges, pour observer le panorama et s’initier au ski nordique (ski de fond, biathlon, saut à ski) sur le site de La Féclaz. forfaits.savoiegrandrevard.com
SE RESTAURER
Redescendus d’une station de ski où ils tenaient une pâtisserie, Valérie et Bruno ont repris Le Café des bains, le plus vieux bistrot de la ville. Cuisine traditionnelle, ambiance chaleureuse. À partir de 20 €.
Le Sens unique. Jolie table bistronomique au sein de l’hôtel Gallia. Dommage que la carte des vins soit si classique. Menu canaille à partir de 49 €.
DORMIR
Sur les hauteurs de la ville, l’hôtel Gallia offre des chambres avec vue et tout le confort d’un trois étoiles à l’ambiance familiale. À partir de 78 € la nuit.
Dans le même esprit, en plus bucolique, l’hôtel des Eaux, avec son jardin, tout proche du musée Faure. À partir de 74 € la nuit.