L’ancien camp américain aménagé en 1968 au milieu d’une forêt, fermé en 1974 et rouvert en 1986, est considéré aujourd’hui comme une prison « atypique » selon l’administration pénitentiaire en raison de sa superficie : vingt-sept hectares, dont une zone de détention de sept hectares. Un site « propice au travail en milieu carcéral », où des entreprises privées disposent d’ateliers et d’une main-d’œuvre qui ne risque pas de partir pour un autre employeur. À Bédenac, 38 % des quelque 190 détenus condamnés à de longues peines, classés auteurs d’infractions à caractère sexuel (AICS), âgés de 55 à 65 ans en moyenne, effectuent un travail rémunéré sur la base du volontariat.
Concentré sur son ouvrage, sous le regard de Corto Maltese, Lucky Luke, Black et Mortimer, un quinquagénaire façonne ainsi des sculptures de personnages de bandes dessinées pour l’entreprise Boulesteix Collection, située à Saujon, près de Royan. « Je suis bronzier d’art, se présente-t-il. Ça ne s’apprend pas en une semaine, je me suis formé sur le tas. C’est minutieux mais j’adore ce boulot. J’ai découvert une voie. » L’apprenti artisan s’est trouvé à la fois une vocation et un gagne-pain. « Si on ne veut pas devenir indigent, il faut bien travailler. Et puis je tiens à indemniser les parties civiles. »
Méconnaissance
Boulesteix emploie cinq détenus à Bédenac et en recrutera deux de plus en 2026. « Socialement, c’est intéressant pour nous, explique Claire Boulesteix, directrice générale. On est impliqués dans un schéma vertueux. Bien sûr, il y a aussi un volet économique. »
En effet, les entreprises qui emploient des détenus bénéficient de quelques avantages. Outre la mise à disposition gratuite d’ateliers, les salariés sont rémunérés à hauteur de 40 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). « Le travail pénitentiaire souffre de méconnaissance, estime Caroline Prat, responsable des relations aux entreprises à la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux. On est toujours en recherche de partenaires prêts à s’engager. C’est pourquoi nous menons un travail de promotion avec le Medef, les CCI [chambres de commerce et d’industrie, NDLR]. »

XAVIER LEOTY / SO
Quinze des vingt prisons de la Nouvelle-Aquitaine sont équipées d’ateliers de production, qu’utilise une quarantaine de sociétés et d’associations. Bédenac fait partie de celles qui ont pour l’administration pénitentiaire un « gros potentiel de développement », au même titre que celles de Saint-Martin-de-Ré, Eysses (Lot-et-Garonne) ou Mauzac (Dordogne). « L’objectif est d’arriver à 50 % de détenus classés au travail d’ici à 2027 », annonce Daniel Hô, directeur du centre de Bédenac, où trois entreprises sont implantées : Polyfaçon (sous-traitance industrielle), SAS Insertion (réparation de cycles) et Boulesteix.
Exercices « sur mesure »
Une quatrième s’ajoutera à la liste à partir du mois de janvier : Aérostats. C’est pour les besoins de ce fabricant de ballons dirigeables, captifs et stratosphériques, situé en Charente, que France Travail a organisé jeudi 18 décembre une méthode de recrutement par simulation (MRS). Seize candidats, pour six postes à pourvoir, ont été mis à l’épreuve en l’espace de deux demi-journées selon une méthode qui fait « abstraction du CV, des diplômes et de l’expérience professionnelle » mais permet de déceler les « habiletés » des détenus, expliquent Nathalie Blanchier et Alexia Combeau.
Accompagnées par une conseillère justice de France Travail, les deux animatrices MSR à France Travail élaborent des exercices « sur mesure » en fonction des compétences requises par le recruteur, étalonnés auprès des salariés de l’entreprise. Pour décrocher un poste à Aérostats, les candidats ont dû par exemple repositionner des câbles électriques en respectant un plan. « Il y a de la variété dans les taches, témoignaient deux détenus après la matinée d’épreuves. C’est très différent du travail qu’on nous propose habituellement, qui est plutôt routinier. »

