Expositions : de Dragon Ball au Studio Ghibli, Paris célèbre l’imaginaire japonais

Déc 24, 2025 | Paris

À l’image du Centre Pompidou, qui avait laissé la bande dessinée coloniser tous ses niveaux durant l’été 2024, le musée Guimet a mis les petits plats dans les grands pour célébrer le manga. Ainsi, ce sont pas moins de trois expositions qui se répartissent entre le rez-de-jardin et le deuxième étage, pour dresser un état des lieux passionnant et dynamique de la BD japonaise, dont l’engouement a très rapidement franchi les frontières du pays du Soleil-Levant pour devenir un phénomène de pop culture international, avec des millions d’exemplaires vendus chaque année et des déclinaisons sur plusieurs supports (films et séries d’animation, jeux vidéo, produits dérivés). 

Le parcours, généreux et labyrinthique, se découpe en deux parties. La première, historique, raconte comment le Japon a donné naissance, bien avant la fin du XIXe siècle, à des œuvres graphiques aux caractéristiques semblables à celles du manga : le recours à l’illustration, un talent pour traduire le mouvement des personnages représentés, l’omniprésence de l’humour et même des bulles pour figurer les rêves ! Les livres étaient alors édités sous la forme de séries, pour fidéliser les lecteurs. 

On trouve dans cette section une mini-rétrospective autour de l’estampe la plus légendaire de tous les temps : Sous la grande vague au large de Kanagawa, extraite des Trente-six vues du mont Fuji (1831) de l’époque Edo (1603-1868). Le monument de Katsushika Hokusai montre des hommes luttant contre une lame de fond à bord de pirogues en pleine mer avec, à l’horizon, le mont Fuji majestueux, reconnaissable à son sommet blanc. Ils s’apprêtent à être submergés par la déferlante, dont l’écume évoque des griffes. Cette icône a marqué à jamais l’imaginaire collectif, notamment par le bleu de Prusse immédiatement identifiable. Tout le monde s’en empare, des auteurs de bandes dessinées occidentaux (Hergé dans Les Cigares du Pharaon, en 1932) aux créateurs de mode (John Galliano pour Dior avec un manteau en lin brodé et peint à la main de la collection haute couture printemps-été 2007). On emprunte les escaliers pour découvrir la suite, contemporaine, qui établit un parallèle entre les mangas actuels et leurs sources d’inspiration, sachant que leur création remonte à 1850 ! 

Manga japonais.

Dans une scénographie étudiée (deux bibliothèques remplies d’albums et de vitrines avec des figurines encadrent l’entrée), le parcours égrène donc planches originales, celluloïds, pages de journaux, fresques murales, rouleaux verticaux et horizontaux, éléments d’armures, masques du théâtre Nô, kimonos, sabres, paravents, sculptures, objets d’art anciens. D’Astro Boy à Candy, d’Akira à Demon Slayer : ils sont tous là. Avec une alcôve dédiée à Dragon Ball (1984-1995), d’Akira Toriyama, qui a pour référence La Pérégrination vers l’Ouest, un roman fantastique chinois de Wu Cheng’en du XVIe siècle, mettant en scène un roi singe nommé… Son Goku ! Passage obligé à la boutique à la fin de la visite pour les fans.

« Manga, tout un art ! », musée Guimet (Paris 16e ). Jusqu’au 9 mars 2026. guimet.fr

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Maison de la culture du Japon, à Paris. À défaut de pouvoir visiter le très vénéré musée Ghibli, situé à Mitaka, dans la banlieue de Tokyo, une partie de ses collections effectue le voyage en France pour honorer la mémoire de l’immense Isao Takahata (1935-2018), un des maîtres du cinéma d’animation de l’après-guerre qui a fondé l’incontournable Studio Ghibli avec le producteur Toshio Suzuki, 77 ans, et Hayao Miyazaki, 84 ans. 

Moins célèbre que ce dernier, considéré comme un dieu vivant au pays du Soleil Levant et avec qui il entretenait une relation compliquée, il était pourtant aussi talentueux, ayant signé des chefs-d’œuvre dont Le Tombeau des lucioles (1988), Pompoko (1994) et Le Conte de la princesse Kaguya (2013). Direction le deuxième étage pour parcourir durant environ une heure près de 500 mètres carrés, où on s’immerge dans le travail d’un auteur exigeant, dont le regard humaniste et poétique sur le monde a fait de lui un pionnier de sa discipline. Ainsi, des dessins originaux, des storyboards, des celluloïds, des carnets et des extraits de films résument cinquante ans d’une carrière majeure. 

« Isao Takahata », Maison de la culture du Japon (Paris 15e). Jusqu’au 7 février 2026. mcjp.fr