Les Parisiens saturent le marché immobilier breton avec l’achat de maisons secondaires : info ou intox ?

Déc 23, 2025 | Non classé

Les Parisiens saturent le marché immobilier breton avec l'achat de maisons secondaires : info ou intox ?


Comme dans d’autres régions situées le long du littoral, l’immobilier en Bretagne est en tension, notamment parce que les résidences secondaires y sont nombreuses et participent à la flambée des prix de l’immobilier. Les Parisiens sont souvent accusés d’être à l’origine de cette situation qui rend problématique l’accès au logement des locaux. En réalité, cette affirmation est une intox : si les Parisiens représentent il est vrai 30 % des détenteurs de maisons secondaires en Bretagne, la moitié est constituée en fait de Bretons ou d’habitants des Pays de la Loire.


Les résidences secondaires en Bretagne : état des lieux


En raison de l’attractivité de son littoral et de ses paysages remarquables, mais aussi de son dynamisme économique caractérisé par un chômage peu élevé, la Bretagne est une région qui séduit et attire de nombreux résidents désireux d’y avoir un pied à terre, soit d’y posséder une résidence secondaire.


C’est pourquoi cette région très prisée présente un nombre de maisons secondaires supérieur à la moyenne nationale.


Elles représentent ainsi 12 % des logements en Bretagne selon l’Insee, soit près de 234 000 habitations, contre 9 % au niveau de la France métropolitaine.


La part de résidences secondaires en Bretagne est en particulier la plus élevée à Belle-Île-en-Mer (50 %), sur la Côte d’Émeraude (35 %), aux alentours de Quiberon (31 %), à la Pointe-du-Raz (28 %), ou encore sur la presqu’île de Crozon (26 %).


La Bretagne se classe ainsi au quatrième rang des régions qui possèdent le plus de maisons secondaires, mais loin derrière la Corse avec une part de résidences secondaires de 29 %, après la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (15 %) et l’Occitanie (14 %).


Ces résidences secondaires bretonnes sont en général de grandes maisons anciennes (1 sur 3 fait plus de 100 m2 et 45 % ont plus de 6 pièces), pour une partie construites avant 1945, situées à moins de 2 kilomètres de la mer (c’est le cas de 2 résidences secondaires sur 3), voire à moins de 500 mètres comme c’est le cas pour 40 % d’entre elles. Ces maisons secondaires ont le plus souvent un coût élevé, et sont donc destinées à des ménages aisés.


Les détenteurs d’une résidence secondaire en Bretagne disposent en effet pour près d’un tiers d’entre eux d’un revenu annuel compris entre 40 000 et 60 000 € environ, soit entre 3 300 € et 5 000 € par mois. 22 % gagnent même plus de 6 700 € ou plus mensuellement. C’est le cas de plus de la moitié des détenteurs d’une résidence secondaire dans la communauté de communes de Belle-Île-en-Mer, de 49 % de celle de la Côte d’Émeraude (du cap Fréhel à Saint-Malo) et de 43 % par exemple dans le golfe du Morbihan, à peu près comme à Quiberon.


Comme l’indique un récent rapport du Conseil économique, social et environnemental de la région Bretagne, ce sont surtout les îles bretonnes qui voient le plus augmenter leur taux de résidences secondaires, à l’instar de l’île aux Moines dans le Morbihan où ce taux est passé en 20 ans de 62 % à 72 %, ou encore par exemple l’île d’Hoëdic, dans le même département breton, où aujourd’hui les résidences secondaires représentent 1 habitation sur 4.


La moitié des résidences secondaires en Bretagne appartiennent à des Bretons, pas à des Parisiens !


Si la Bretagne compte beaucoup de maisons secondaires, à qui appartiennent-elles alors ?


Cette région, en tous les cas certaines villes bretonnes, n’est pas si loin en termes de distance de l’Ile-de-France.


D’autre part, les Franciliens, et surtout les habitants de la capitale, mais aussi des Hauts-de-Seine, disposent du niveau de vie le plus haut en France, un atout indéniable pour pouvoir acheter une très belle résidence secondaire en Bretagne, en particulier dans les communes très demandées où les prix du logement ont flambé ces dernières années, notamment suite à la crise sanitaire et en raison du développement du télétravail.


C’est dans le Finistère que la hausse des prix de l’immobilier a été la plus importante par rapport il y a une dizaine d’années, en partie en raison du nombre de plus en plus important de résidences secondaires.


Les Parisiens, notamment ceux désireux de quitter la capitale pour se mettre au vert de temps en temps, cochent ainsi presque toutes les caractéristiques, notamment financières, des détenteurs de résidences secondaires d’une manière générale.


Conséquence logique donc : on entend souvent dire que ce sont les Parisiens qui ont investi la Bretagne en nombre en tant que résidents non permanents, en achetant des maisons secondaires.


Eh bien cette affirmation est fausse ! Il s’agit en fait d’une intox que des données récentes de l’Insee ont battu en brèche.


Comme l’a révélé l’institut statistique officiel en effet dans une étude, la moitié des résidences secondaires en Bretagne n’appartiennent pas à des Parisiens mais à… des Bretons.


L’Insee indique ainsi que les détenteurs de maisons secondaires localisées en Bretagne sont pour moitié des habitants qui ont déjà leur résidence principale dans cette région, et qui achètent ce pied à terre majoritairement dans le département où ils vivent à l’année, ou sont des habitants des Pays de la Loire, région toute proche. À eux seuls, ces ménages détiennent ainsi 51 % des résidences secondaires situées en Bretagne.


14 % sont originaires d’Ille-et-Vilaine, 12 % du Finistère, 10 % du Morbihan, un peu plus de 7 % des Côtes-d’Armor et 4 % de Loire-Atlantique.


Quant aux Parisiens (et plus précisément aux Franciliens dans leur ensemble), souvent accusés d’ »envahir » la Bretagne et de participer à la flambée des prix du logement qui empêche les locaux de pouvoir se loger, cette étude montre qu’ils possèdent « seulement » un tiers des résidences secondaires en Bretagne, 30 % exactement.


Dans le détail, 8 % des Parisiens possèdent une maison secondaire en Bretagne, 5 % des habitants des Yvelines, comme ceux des Hauts-de-Seine, 3 % des habitants de l’Essonne et le même chiffre pour ceux qui résident dans le Val-de-Marne.


Les autres propriétaires d’un tel pied à terre en Bretagne sont pour 7 % des personnes étrangères, en majorité des Britanniques, donc très minoritaires en Bretagne, suivis par des Allemands et des Belges.


Certes, il s’agit de résultats basés sur des chiffres de l’année 2019, soit avant la crise sanitaire liée au Covid-19 qui a bouleversé et surtout dynamisé il est vrai certaines mobilités, notamment concernant l’achat de résidences principales et secondaires hors des grandes agglomérations, mais qui sont au final pas si importantes qu’on a bien voulu le croire à ce moment-là.


Mais où les Parisiens achètent-ils leur résidence secondaire alors ?


Selon le site Internet Green-Acres, spécialisé dans l’achat immobilier « plaisir », les Parisiens, et les Franciliens dans leur ensemble, ne s’intéressent pas forcément à la Bretagne pour acquérir une maison secondaire.


Ils recherchent de manière générale une région proche de Paris accessible en moins de 1 heure 30 à 2 heures en voiture ou en train pour leur permettre de s’y rendre facilement le temps d’un week-end et s’offrir ainsi une parenthèse hors de la capitale.


Des régions comme l’Oise, la Seine-et-Marne, la vallée de Chevreuse, le Perche, la Normandie, l’Yonne, ou encore la Bourgogne par exemple, donc situées loin de la Bretagne, sont ainsi des territoires sollicités par les Franciliens.

Par Valérie Schneider – Publié le 23/12/2025

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