Trop de basque, pas assez de français : quand le sous-préfet retoque la dénomination des ronds-points de Saint-Pée-sur-Nivelle

Déc 16, 2025 | Saint-Pée/Biarritz

Un texte d’apparence anodine, qui ne l’était pas tant pour le sous-préfet de Bayonne, Mathieu Duhamel. Le représentant de l’État l’a retoqué dans le cadre de son contrôle de légalité, estimant en résumé que les appellations comprenaient trop de basque et pas assez de français. La censure a suscité un certain émoi dans les rangs municipaux, au point que le premier édile a choisi de différer un nouveau vote censé annuler le premier, lors de la séance du 21 novembre. Le sujet sera abordé une troisième fois ce mercredi 17 décembre.

L’un des neuf ronds-points, sur la route d’Ascain.
L’un des neuf ronds-points, sur la route d’Ascain.
P. M.

Pour Bernard Elhorga, l’idée de départ était simple : « On avait pris l’initiative de nommer les ronds-points de la commune avec des noms de personnes, intraduisibles, ainsi que de quartiers ou de maisons de Saint-Pée », remonte-t-il quelques semaines avant le stop préfectoral. Cela donnait la liste suivante, inscrite sur la délibération : Maixan Arribillaga ; Dantxarinea ; Ibarrungo biribilgunea (gendarmerie) ; Bortz Kantoinak (Netto) ; Ganizon Bergara Txistu ; Ortzana (lac) ; Kattalin Elizalde ; Artzirin ; Lizardia.

« Un peu ridicule »

Dans un courrier du 30 octobre adressé à la mairie, Mathieu Duhamel a fait savoir sa désapprobation. Les services de la Ville n’ont pas souhaité transmettre la missive à « Sud Ouest », ni le sous-préfet répondre à nos sollicitations répétées, mais le contenu de la deuxième délibération est explicite sur les motivations du haut fonctionnaire. Celui-ci fait d’abord valoir que « le premier alinéa de la Constitution […] prévoit que la langue de la République est le français ».

Il y ajoute l’article 3 de la loi de 4 août 1994. Ce dernier stipule : « Toute inscription ou annonce apposée ou faite sur la voie publique, dans un lieu ouvert au public ou dans un moyen de transport en commun et destinée à l’information du public doit être formulée en langue française ».

Chef de file du groupe abertzale d’opposition Hats Berri, Christophe Jauréguy est pour le moins dubitatif : « Je trouve ça un peu ridicule, il y a d’autres sujets à traiter beaucoup plus importants que ça. Si maintenant il faut renommer tous les panneaux de rues à Saint-Pée qui portent des noms basques, on n’a pas fini », ironise-t-il, craignant toutefois un possible raidissement de l’État : « La délibération a été sortie, on attend d’en savoir plus, mais si le sous-préfet maintient cette position, ça va devenir plus problématique ».

Erreur matérielle

« Il vient d’arriver (Mathieu Duhamel a pris ses fonctions le 30 juin 2025, NDLR), peut-être qu’il a voulu mettre son empreinte, considère de son côté Dominique Idiart, ancien maire et leader de l’autre groupe minoritaire, Elgarrekin Senperentzat. C’est un serviteur de l’État et en tant que tel, il doit aussi prendre en compte l’historique du territoire où il se trouve ».

Si ses trente ans d’expérience municipale lui ont appris que « l’État a toujours un regard particulier sur ce qui touche à la langue basque », il plaide ici pour « une erreur matérielle dans la rédaction de la délibération ».

La nouvelle délibération bilingue n’a pas encore été votée, mais le panneau de dénomination a déjà été installé.
La nouvelle délibération bilingue n’a pas encore été votée, mais le panneau de dénomination a déjà été installé.
P. M.

C’est aussi le point de vue défendu par Bernard Elhorga et ses équipes, qui ne souhaitent pas entrer en confrontation avec le représentant de l’Etat. Pour recevoir la ratification de ce dernier, il eût fallu selon eux proposer une version à la fois bilingue et développée. « Par exemple, pour le rond-point du quartier d’Ibarron, il aurait fallu écrire ‘Rond-point d’Ibarron-Ibarrungo birbilgunea’» indique-t-on en mairie.