L’essentiel
- Claire Tabouret est l’artiste lauréate en décembre 2024 de la consultation engagée par le ministère de la Culture pour la création des vitraux contemporains de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
- Dans l’exposition « D’un seul souffle » au Grand Palais, qui ouvre ses portes ce mercredi jusqu’au 15 mars, l’artiste présente les maquettes grandeur nature de ces vitraux sur la Pentecôte.
- L’installation de ces vitraux, qui doivent remplacer ceux du XIXe siècle, signés Viollet-le-Duc, suscite une vive controverse depuis deux ans.
Après deux ans de controverse, les maquettes des futurs vitraux de Notre-Dame de Paris se dévoilent ! L’exposition « D’un seul souffle » ouvre ses portes ce mercredi jusqu’au 15 mars 2026 dans la galerie 10.2 du Grand Palais (Paris VIIIe). L’occasion de découvrir les maquettes grandeur nature, esquisses et autres travaux préparatoires des six vitraux réalisés par l’artiste Claire Tabouret pour la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Des vitraux contemporains installés fin 2026
Lauréate en décembre 2024 de la consultation engagée par le ministère de la Culture, l’artiste travaille depuis un an sur la création de ces vitraux contemporains qui doivent remplacer ceux du XIXe siècle, signés Viollet-le-Duc, au sein de six chapelles du bas-côté sud de la nef. Un projet chiffré à 4 millions d’euros financés par l’État. Ces nouveaux vitraux, en cours de fabrication dans l’atelier rémois du maître verrier Simon-Marq, fondé en 1640, seront installés sur le bas-côté sud de la cathédrale, fin 2026.
Chaque maquette grandeur nature culmine à 7 mètres de haut. « J’ai souvent été attirée par les œuvres monumentales, le côté immersif des grands formats, mais il s’agit ici de la plus grande œuvre que j’ai réalisée jusqu’à présent. C’est aussi la première fois que je dois composer ainsi avec le rythme de l’architecture », confie Claire Tabouret dans le dossier de presse.
Des maquettes faites grâce à la technique du monotype
L’artiste, née en 1981 à Pertuis (Vaucluse) et formée aux Beaux-Arts de Paris, a eu recours à la technique du monotype pour les réaliser. « Je peins à l’encre sur du plexiglas transparent, en pensant l’image à l’envers, parfois en jouant du mouvement de la touche, parfois avec des pochoirs qui donnent des contours nets. Puis j’imprime le tout sur du papier très épais. Pour chacune des six baies, j’ai peint ainsi une cinquantaine de morceaux correspondant aux différentes pièces des vitraux et leurs rosaces, assemblés ensuite dans ces très grandes maquettes », détaille-t-elle.
Place à la « lumière blanche » de Notre-Dame
« Dans l’appel à projet, il était spécifié que le projet retenu devrait prendre en compte l’harmonie et la lumière blanche de Notre-Dame », explique Claire Tabouret. Claire Tabouret a choisi une balance de couleurs équilibrées, mais vives pour que les futurs vitraux conservent cette lumière blanche.
Le thème des vitraux, la Pentecôte, symbole d’unité et d’harmonie entre les hommes, a été choisi par l’archevêché de Paris. « Cette série de six baies raconte une histoire et j’ai voulu être au plus près de la narration », souligne-t-elle.
Le souffle, fil conducteur des nouveaux vitraux
Ce thème l’a fortement inspirée : « J’ai été emportée par la beauté, la poésie du thème de la Pentecôte, choisi par l’archevêque de Paris. Cette idée d’harmonie, d’hommes qui parviennent à s’unir, à se comprendre malgré la diversité de leurs langues, cette folle espérance, j’ai eu envie d’y participer. On vit dans un monde tellement divisé, chaotique, effrayant… »
Deux des maquettes représentent des paysages. « Les paysages agissent comme une respiration dans le parcours du visiteur. Ils illustrent aussi ces deux grands moments qui précèdent l’arrivée de l’Esprit Saint. Le grand bruit dans le ciel et le souffle du vent », raconte-t-elle.
Le souffle est le fil conducteur de cette œuvre. « Le souffle, qui est ce qui nous unit tous, aussi divers que nous soyons. Le souffle qui m’a habitée et portée lors de la réalisation de ces grandes peintures. Le souffle qui fabrique le verre des vitraux soufflés à la bouche. Le souffle du vent. Le souffle de l’Esprit Saint », énumère l’artiste.
Un remplacement qui suscite une vive controverse
La décision d’installer des vitraux contemporains dans Notre-Dame avait été annoncée par Emmanuel Macron lors de sa visite du chantier le 8 décembre 2023, à la suite d’une demande de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris. « Qu’ils puissent être changés et que la marque du XXIe siècle soit ainsi portée », déclarait alors le chef de l’État.
Le remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc, préservés de l’incendie de 2019, avait alors provoqué une vive controverse. En juillet 2024, la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture avait rejeté le projet, estimant que la création artistique ne devait pas sacrifier des éléments patrimoniaux d’intérêt public.
La Tribune de l’Art a lancé une pétition qui, à ce stade, a recueilli près de 300.000 signatures. L’association Sites & Monuments a déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris pour annuler ou résilier le marché public. Un recours rejeté par l’instance judiciaire fin novembre.
Selon le blog de laïcs catholiques Salon Beige, l’association s’apprête à ouvrir « un autre front, contre la décision de remplacer les vitraux eux-mêmes. En effet, les vitraux de Viollet-le-Duc devraient être enlevés dès mars 2026, ce qui implique que l’autorisation de travaux sera bientôt accordée. Celle-ci sera à son tour attaquée devant la juridiction administrative. » La controverse n’est pas donc encore finie !
