« J’avais dix longueurs d’avance », David Hallyday en concert à Montpellier

Nov 24, 2025 | Montpellier

En reprenant la route avec le « Requiem Tour », David Hallyday prolonge un album qui revisite ses propres chansons et celles de son père Johnny, entre hommage, transmission familiale et modernisation.

Vous reprenez la route avec le Requiem Tour, une tournée qui prolonge un album mêlant vos chansons et celles de votre père. Pouvez-vous revenir brièvement sur la genèse de ce projet si particulier ?

Oui. À l’origine, je m’apprêtais à composer un nouvel album studio. J’ai commencé par revisiter mes anciens titres personnels, comme High ou Tu ne m’as pas laissé le temps. L’exercice m’a beaucoup amusé. Je me suis alors dit : pourquoi ne pas reprendre aussi des chansons que j’ai composées pour les autres, y compris pour mon père ? J’ai commencé à travailler sur Vivre pour le meilleur, puis, de fil en aiguille, j’ai décidé de piocher davantage dans nos deux répertoires. Ce sont des chansons qui font intrinsèquement partie de mon ADN, que j’ai entendues chez moi et qui ont vécu avec moi. Finalement, à travers cet album, j’ai voulu raconter l’histoire de la transmission au sein de notre famille. C’est une famille un peu atypique, avec des générations d’artistes qui se sont succédé : pas seulement mes parents, moi et mes enfants, mais aussi ceux d’avant. Nous avons eu des peintres incroyables, des sculpteurs, des musiciens de jazz. C’est cette genèse que je raconte. Le projet est né petit à petit, à mesure que je retravaillais les titres.

C’est donc à la fois un hommage, une mise en avant de la richesse de votre patrimoine culturel et une relecture. Qu’est-ce qui vous a guidé dans le choix des titres, tant les vôtres que ceux de Johnny ?

D’abord, j’ai choisi des chansons que le public a aimées. C’était un premier critère assez factuel. Ensuite, j’ai pioché dans celles qui ont une signification personnelle pour moi, qui évoquent des souvenirs et racontent cette histoire. Par exemple, j’ai pris Ma jolie Sarah. Elle a été écrite par Mick Jones, Philippe Labro pour le texte, et Tommy Brown, le batteur de mon père à l’époque. Je me souviens que lors de mes débuts à la batterie, j’ai usé mes mains cent mille fois sur ce titre, car rythmiquement, je l’adorais. Étant batteur à la base, certains titres résonnent avec mon enfance et mon adolescence. La sélection s’est donc faite assez naturellement entre les succès publics et mes goûts personnels. Il y a des chansons, de mon répertoire ou du sien, que j’aime moins et que je n’avais pas envie de reprendre. La sélection était claire ; ce qui a pris du temps, c’était le travail en studio : décider de la direction artistique et de l’endroit où je voulais emporter ces titres.

Parlons-en justement. Vous évoquez un travail d’équilibriste pour conserver l’émotion tout en modernisant les chansons. J’ai lu que, parfois, en réécoutant vos titres, vous leur trouviez un son un peu « rock FM ». Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans cet exercice de modernisation ?

Ce qui est intéressant, c’est de constater qu’on n’est plus la même personne 25 ou 30 ans après. Nos goûts changent, on a plus d’expérience, notre vision du monde évolue. Le travail artistique consistait à se demander : si je devais composer Tu ne m’as pas laissé le temps aujourd’hui, comment m’y prendrais-je ? J’ai abordé chaque chanson avec ce fil rouge, tout en veillant à garder l’émotion des originaux. Le public de mon père, comme le mien, n’aime pas trop quand on transforme les choses au point de ne plus reconnaître un titre. Moi-même, je suis pareil. À moins d’être DJ et de changer totalement de genre, on ne peut pas tout se permettre. Je pourrais faire une version Bossa-Nova de Requiem pour un fou, mais ce n’était pas mon envie. Je ne voulais pas travestir l’ADN de ces titres. La difficulté était là : garder ce qui fonctionnait tout en proposant une nouvelle chanson, en me la réappropriant. C’est pour cela que j’ai mis deux ans à réaliser cet album. Je voulais vivre avec les titres, voir si je les aimais toujours autant et si j’avais envie de les défendre. C’est une parenthèse importante de ma vie artistique, je voulais bien faire. Pour moi, ce ne sont pas de simples reprises, ce sont de nouveaux titres que j’ai traités musicalement comme tels. C’est une histoire que je raconte, ce qui rend le concert très cinématographique et théâtral.

Vous avez imaginé le Requiem Tour comme un show visuel, une expérience immersive. Sur Tu ne m’as pas laissé le temps, vous projetez d’ailleurs un album de famille datant de plus de 60 ans…

Absolument, car cela fait partie de l’histoire. J’ai composé ce titre en pensant à mon grand-père maternel. C’était un artiste incroyable, méconnu du grand public – il ne cherchait pas la notoriété d’ailleurs. Il était très polyvalent : peintre, sculpteur, musicien hors pair capable d’écrire des arrangements de cordes classiques… Il est parti trop tôt. Je me suis inspiré de ce sentiment de perte, du regret de ne pas avoir pu connaître davantage une personne formidable. Il faut profiter des gens qu’on aime tant qu’ils sont là. C’est le sujet de Tu ne m’as pas laissé le temps. Donc forcément, je projette cet album familial, des photos privées de nous, prises quand j’avais deux mois, qui reflètent le thème de la chanson.

Peut-on s’attendre à des surprises sur scène à Montpellier ? Votre mère et votre demi-sœur étaient présentes à Paris…

Sur scène, la véritable surprise, c’est le concert lui-même, car les gens ne s’attendent pas à voir un show de cette envergure. Toute l’équipe et moi-même nous donnons à 1 000 %. Nous l’avons conçu pour surprendre, pour que le public passe un moment dans une bulle, comme dans un film. Pour cette partie de la tournée, je vais ajouter une ou deux chansons de mon père que je viens de terminer. Je vais notamment intégrer Allumer le feu. Je vous avoue qu’au début, je n’avais pas trop envie de la faire. C’est un titre très efficace, devenu incontournable et scénique pour mon père, mais qui me ressemblait moins. On m’a poussé à le faire, alors j’ai essayé. J’en ai fait une version assez différente qui me plaît bien, tout en gardant l’essence du titre. J’ai aussi préparé Que je t’aime, que je rajouterai plus tard. Le concert évolue petit à petit. Nous fermerons ce chapitre en 2026, après deux années géniales, pour que je puisse me consacrer à un nouvel album studio et repartir sur une nouvelle tournée.

La transmission est au cœur du projet. Il y a votre oncle Eddie Vartan, votre grand-père, vos parents… En quoi cette lignée artistique vous a-t-elle construit différemment d’un artiste « self-made » ?

Merci de citer mon oncle, c’est un musicien hors pair et on oublie souvent ces personnes qui ont eu une influence majeure. Je me considère « self-made » dans le sens où, avec mon oncle, nous sommes les seuls compositeurs de la famille. Mes parents sont des interprètes brillants, mais ils ne sont pas connus pour la composition. Cela dit, en grandissant dans cet environnement, on apprend beaucoup plus vite. À force d’être emmené en tournée et sur les plateaux télé dès l’enfance, on emmagasine énormément. Quand j’ai commencé ma carrière professionnelle, j’avais dix longueurs d’avance grâce à tout ce que j’avais appris de mes parents, de mon oncle et de toute cette génération d’artistes. Cependant, comprendre vite est une chose, mais faire sa propre expérience en est une autre. Chacun doit tracer son chemin, car chaque vie artistique est unique. C’est cette valeur de transmission, dans laquelle j’ai été éduqué, que je passe aujourd’hui à mes enfants qui sont aussi artistes.

Vous avez commencé comme batteur. Sur cette tournée, vous alternez entre guitare acoustique, électrique, piano et batterie. 40 ans après, quel musicien êtes-vous devenu ?

Je suis le même, mais avec plus d’expérience, car j’ai beaucoup joué durant toutes ces années. Mais une chose n’a jamais changé : l’émerveillement. J’ai toujours le même plaisir à monter sur scène ou à entrer en studio, comme un gosse, comme si c’était la première fois. Je ne me suis jamais posé la question de m’arrêter un jour. La musique est innée chez moi. Je pense que le secret réside dans cette capacité à s’émerveiller. Moralement, on change, on évolue, je ne suis plus celui que j’étais à 20 ans, mais cette passion reste intacte.

Vous êtes grand-père maintenant. Dans cette famille d’artistes, les petits-enfants peuvent-ils avoir un autre destin que celui de la scène ?

C’est un peu tôt pour le dire ! L’un a deux mois, l’autre quatre. Mais l’aîné, qui a quatre ans, commence à s’affirmer. Il a une personnalité bien trempée et aime faire le show. Il est imprégné par cet environnement, puisqu’il voit son entourage sur scène. Après, être imprégné ne signifie pas forcément avoir le talent ou l’envie d’en faire son métier. Ce n’est pas une obligation. Ils feront ce qu’ils voudront. Ce n’est plus à moi de les éduquer, ce rôle revient aux parents ; moi, je ne suis là que pour le plaisir ! Je pense que ma fille leur laissera le choix. Mais c’est amusant de voir que le petit a déjà un talent pour l’imitation et un côté artistique qui se profile.

Pas encore d’humoriste dans la famille ?

Non, mais j’aimerais bien qu’il y en ait au moins un !

Samedi 29 novembre à 20 h 30. Zénith Sud, Montpellier. Tarif : de 27,50 à 95 €.