On ne parle pas ici de périphérique, mais bien de lyrique.
- Publié le 14-11-2025 à 17h25
Bonne nouvelle pour les Wagnériens de Belgique ! L’Opéra de Paris proposera, en novembre 2026, deux occasions de voir en une semaine les quatre opéras de la Tétralogie. La Monnaie avait, on le sait, affiché les quatre ouvrages du cycle en 2023 et 2024 mais, séparément uniquement, et sans donner la possibilité de les retrouver ensuite dans leur continuité. Or, idéalement, un Ring doit pouvoir s’apprécier dans sa globalité.
Mauvaise nouvelle toutefois : après avoir vu les deux premiers épisodes (L’or du Rhin au printemps et La Walkyrie actuellement à l’affiche), on n’est pas sûr de recommander le voyage.
Walhalla-Big Data
Théâtralement, d’abord. Initialement conçu il y a plus de cinq ans et retardé pour cause de pandémie, le projet scénique de Calixto Bieito se veut en phase avec le monde d’aujourd’hui, mais paraît déjà terriblement daté et dépassé avec son « Walhalla-Big Data » (sic), ses câbles en tous sens, ses images infrarouges, son chien robot et ses Walkyries également robotisées qui débarquent en combinaisons spatiales et avec des yeux laser verts. Pas vraiment original, surtout si l’on se souvient qu’Ivo Van Hove, à l’Opéra flamand il y a plus de vingt ans, avait déjà imaginé semblable « actualisation ». Il y a certes une prouesse technique dans les décors massifs de Rebecca Ringst (un immense grill vertical d’alvéoles métalliques qui peut servir d’écran pour des projections vidéo et dont émergent deux espaces scéniques comme des appartements dans la façade d’un immeuble bombardé), mais ces images déjà vues mille fois ne sont pas nécessairement les plus idoines pour jouir de la musique : comment peut-on s’émouvoir quand Wotan abandonne Brünnhilde dans une sorte de salle d’attente de bureau avec armoires à dossier et câbles en pagaille ?
Musicalement, le bilan est moins sombre mais néanmoins mitigé. Il y a quelques bons chanteurs : très bons même comme le ténor français Stanislas de Barbeyrac, lauréat du Concours Reine Elisabeth en 2011, qui campe un formidable Siegmund (le premier Français dans ce rôle depuis le fameux Georges Thill ?) ou le baryton anglais Christopher Maltman, excellent Wotan, mais qui n’était à la première que le remplaçant ponctuel d’un titulaire, Iain Paterson, qui n’avait pas convaincu dans Rheingold. Ou bons comme les sopranos Tamara Wilson (Brünnhilde) et Elza van den Heever (Sieglinde), ainsi que l’habituel groupe de Walkyries parmi lesquelles la Belge Louise Foor en Gerhilde.
Candidat officieux
Mais la direction musicale de Pablo Heras-Casado, chef versatile capable d’exceller dans le baroque comme dans le contemporain, ne convainc pas pleinement. Candidat officieux au poste de directeur musical de la Grande Boutique laissé vacant depuis plus de deux ans par le départ anticipé de Gustavo Dudamel, le chef espagnol excelle à mettre en évidence certains détails et à valoriser les solistes de l’excellent orchestre de l’Opéra de Paris : mais sa lecture, trop souvent cantonnée en surface, peine à faire ressentir les bouleversantes émotions de la partition.
Paris, Opéra Bastille, jusqu’au 30 novembre 2025 ; cycles complets en novembre 2026 ; www.operadeparis.fr
