Oui, car il était très attaché aux libertés individuelles. Nous sortions d’une époque gaullienne où l’exécutif était très puissant. Il a pris le contre-pied de la loi «…
Oui, car il était très attaché aux libertés individuelles. Nous sortions d’une époque gaullienne où l’exécutif était très puissant. Il a pris le contre-pied de la loi « sécurité et liberté » d’Alain Peyrefitte. Il était libéral et a accompli de nombreuses réformes. Je pense en premier lieu à l’abolition de la peine de mort en 1981 mais il ne faut pas oublier qu’il a supprimé les juridictions d’exception, permis aux citoyens de saisir la cour européenne des droits de l’homme et humanisé le monde carcéral.
Croyez-vous que le fait d’avoir assisté à une exécution a joué un rôle dans son combat pour l’abolition de la peine de mort ?
Vous avez tout à fait raison. L’exécution, en 1972, de son client Roger Bontems sous ses yeux a été décisive dans son parcours d’abolitionniste. Après ces exécutions, il est passé de partisan à militant de l’abolition de la peine de mort. Cette sanction était pour lui indigne d’un pays comme la France.
Vous avez participé à la panthéonisation de Robert Badinter le 9 octobre dernier…
Effectivement. J’ai fait partie des experts qui ont réuni les textes lus pour cette cérémonie, conçu le scénario… Notre travail a ensuite été validé par l’Élysée.
Vous êtes président de l’Association française pour l’histoire de la justice (AFHJ), quel est le rôle de cette dernière ?
Cette association, dont Robert Badinter a été le président, organise de nombreux événements : des colloques, le salon du livre judiciaire. La partie recherche est également importante. Je suis en train d’écrire un livre sur Robert Badinter, il sortira chez Michalon l’an prochain. Ce document sera composé de cinq parties : l’abolition de la peine de mort, le judaïsme, justice et liberté, les prisons et les guerres.
Vous l’avez côtoyé, quelles étaient ses qualités ?
C’était avant tout un homme de convictions. Il considérait la France comme étant le pays des libertés. Selon lui, la France rayonnait non pas par son économie, son patrimoine ou même sa culture mais bien par les droits de l’homme. Il était d’une grande rigueur intellectuelle et s’inscrivait dans les pas des autres grands abolitionnistes qu’étaient Victor Hugo et Albert Camus. Il était aussi fidèle en amitié notamment avec François Mitterrand.
Et ses défauts ?
Il était austère, il disait lui-même qu’il avait la nuque raide ! Il était aussi ambigu par rapport à certaines attitudes ou fréquentations de François Mitterrand.
