Les premières notes du Concerto pour piano n° 5 « Empereur » de Ludwig van Beethoven venaient à peine de retentir dans la salle Pierre Boulez de Philharmonie de Paris lorsque les premiers incidents sont survenus : des fumigènes brandis dans le public et des affrontements entre spectateurs.
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Ce jeudi soir, la Philharmonie avait comme invité le chef d’orchestre Lahav Shani et l’Orchestre philharmonique d’Israël. La cité de la Musique a porté plainte et quatre personnes ont depuis été placées en garde à vue. Il s’agit de trois hommes et une femme, âgés de 20 à 31 ans. L’un des hommes fait l’objet d’une fiche S (sûreté de l’État) pour des faits liés à des mouvements contestataires d’ultragauche, a appris France Inter ce vendredi auprès d’une source proche du dossier.
« Des graves incidents »
La Cité de la musique-Philharmonie de Paris a condamné dans un communiqué « fermement les graves incidents » survenus dans la grande salle de concert et a annoncé avoir porté plainte.
Des vidéos visibles en ligne témoignent de la confusion dans la salle Pierre-Boulez : plusieurs d’entre elles montrent une personne qui brandit un fumigène depuis les gradins. D’autres personnes tentent de s’interposer et des violences éclatent.
« À trois reprises, des spectateurs en possession d’un billet ont tenté de diverses manières d’interrompre le concert, dont deux fois avec l’usage de fumigènes », a précisé la Philharmonie, dont le dispositif de sécurité avait été renforcé pour cet événement. « Les fauteurs de troubles ont été évacués et le concert, qui avait dû s’interrompre, a repris et s’est achevé dans le calme » sous la direction du chef d’orchestre Lahav Shani et avec le pianiste Sir András Schiff, a-t-elle poursuivi.
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Des « sanctions exemplaires doivent être prises » contre ces « agitateurs haineux« , a réagi sur X Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Les appels au boycott et les perturbations « n’empêcheront jamais les artistes ciblés par la haine de rencontrer l’ovation du public« , a-t-il ajouté.
Un concert déprogrammé en Belgique
En septembre, l’Orchestre philharmonique de Munich avait été déprogrammé d’un festival belge où il devait se produire sous la direction du jeune chef israélien.
Lahav Shani avait alors accusé la direction du festival belge d’avoir cédé « aux pressions politiques« . « Elle a exigé que je fasse une déclaration politique malgré mon engagement de longue date et publiquement exprimé en faveur de la paix et de la réconciliation« , avait-il déclaré.
Ces derniers jours, la polémique avait enflé sur la venue de l’Orchestre philharmonique d’Israël à Paris. Des militants propalestiniens avaient demandé l’annulation du concert. Le syndicat de la CGT-Spectacle réclamait que la Philharmonie « rappelle à son public les accusations gravissimes qui pèsent contre les dirigeants » d’Israël, notamment dans la guerre à Gaza.
« La liberté de création et de programmation est une valeur de notre République. Aucun prétexte à l’antisémitisme !« , avait déclaré dans un message sur X la ministre de la Culture Rachida Dati, souhaitant la « bienvenue » à la formation. Elle a ce vendredi condamné « fermement » ces incidents, affirmant que « La violence n’a pas sa place dans une salle de concert. La liberté de programmation et de création est un droit fondamental de notre République !« . Les condamnations politiques se sont succédé, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon pour qui « vous ne pouvez pas empêcher à des gens d’exprimer une protestation contre un génocide. On peut regretter (ces incidents, NDLR). Moi, je regrette surtout le génocide, plus que l’affaire de la Philharmonie. Mais voilà, c’est comme ça, il y a des conséquences à des actes sur le plan international« .
Lundi, la Philharmonie de Paris avait dit espérer que le concert « puisse se tenir dans les meilleures conditions possibles » et rappelé qu’elle accueillait « aussi bien des artistes israéliens que palestiniens » sans « jamais » exiger de prise de position des artistes sur des enjeux politiques sensibles. « La violence n’est pas un débat. Et la faire entrer dans une salle de concert est très grave », a-t-elle réaffirmé vendredi.
La guerre s’invite aussi sur les scènes d’opéra
Reste que sur la scène culturelle, Israël est de plus en plus isolé, et ce qu’il s’est passé à la Philharmonie de Paris n’est pas un cas isolé. La guerre fait aussi irruption sur les scènes d’opéra.
Dans ce podcast, nous vous racontons l’histoire d’une collaboration artistique de prestige entre les opéras de Londres et celui de Tel Aviv mais qui s’est effondrée.
Le Royal Ballet and Opera a annulé la production de « Tosca » prévu l’an prochain à l’Opéra de Tel Aviv. Le ballet anglais reproche à l’institution israélienne son soutien affiché à l’armée de l’Etat hébreu. Mais loin d’annuler, l’Opéra israélien a décidé de contre-attaquer. Il y aura bien une version de Tosca, promet la direction, déterminée à la monter seule, et elle sera éminemment politique. Reportage à l’Opéra de Tel Aviv de Michel Paul RFI pour France Culture, à la fin de ce podcast.
Rappelons enfin que ces évènements surviennent à quelques mois de l’Eurovision. L’instance doit se prononcer courant du mois de décembre sur la participation d’un ou d’une artiste israélienne, ce qui suscite de vives tensions entre les pays participants.
Plusieurs d’entre eux, notamment l’Espagne, menacent de boycotter l’évènement en cas de présence israélienne. D’autres comme l’Allemagne, promette à l’inverse de se retirer si Israël est interdit de concourir. L’année dernière, la candidate de l’Etat hébreu Yuval Raphael, avait finalement pu se produire, au terme là aussi d’une longue polémique. Elle était arrivée deuxième au classement général, juste derrière l’Autriche.
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