Montpellier : après la polémique sur le Dark Halloween, le diable n’est finalement pas apparu…

Nov 1, 2025 | Montpellier

Par

Cédric Nithard

Publié le

1 nov. 2025 à 12h02

Satan allait-il faire son apparition comme l’annonçaient les instigateurs de la polémique, amplifiée par l’extrême droite, entourant la soirée Dark Halloween au grand désarroi des organisateurs du festival Ex Tenibris Lux ? Pour empêcher que le Malin débarque à Montpellier, une centaine de personnes étaient réunies ce vendredi 31 octobre devant la Maison des Choeurs pour empêcher ce qu’ils voyaient comme « une messe noire » voire pire… Évidemment, rien de tout cela n’a eu lieu, et n’était même prévu, à l’intérieur de l’ancienne chapelle désacralisée.

Une animation d’un autre temps

Cantiques, prières et quelques slogans accueillaient vendredi soir les participants au Dark Halloween du festival Ex Tenibris Lux dédié à la culture métal. « C’est flippant, cela va presque avec l’ambiance de la soirée » s’en amuse un groupe de jeunes femmes déguisées après avoir franchi l’obstacle. What The Fest, l’association organisatrice de l’événement, avait prévu beaucoup de choses mais pas cette animation d’un autre temps.

À lire aussi

Massées devant la grille de la Maison des Choeurs, une centaine de personnes faisaient corps vers 19h pour entraver le passage des 200 participants à la soirée qui n’a pas eu besoin de ce coup de pub malheureux pour afficher complet depuis longtemps. Le Dark Halloween, se tenant habituellement au sein de l’Opéra Comédie, est connu à Montpellier et n’avait fait jusqu’alors l’objet d’aucune polémique. Y compris en 2021, lorsqu’il s’était déjà déroulé dans l’ancienne chapelle désacralisée.

Avec l’accointance de l’extrême droite

Sous un drapeau rouge sur lequel s’affiche le visage de Jésus, comme lançant un exorcisme, un prêtre enchaîne les « Notre Père » repris par la foule. « Nos évêques reposent ici, laissez les en paix » ou encore « Pas de messe noire sur nos mémoires » scandent-ils en choeur. En face, sous les déguisements, les réactions sont différentes. Certains en rigolent, d’autres n’en tiennent pas compte, tous sont dans la consternation quant à la polémique et la plupart sont inquiets quant à son caractère politique et ses accointances avec l’extrême droite. D’ailleurs, parmi ces catholiques rigoristes étaient présents des membres des groupes identitaires les Jeunes d’Oc et le Bloc Montpelliérain. Le média Frontières amplifiant la polémique sur les réseaux sociaux avec une grosse dose de désinformation.

Vidéos : en ce moment sur Actu

Dans la même mouvance, les étudiants de La Cocarde Montpelliéraine avaient aussi affiché leur soutien à cette croisade qui avait également pris une forme juridique. Jeudi, l’Alliance Générale Contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Chrétienne (AGRIF) avait introduit un référé-liberté auprès du Tribunal administratif de Montpellier contre « la décision de la Mairie d’octroyer une salle pour un spectacle antichrétien qui porte atteinte à la dignité humaine ». Une demande qui a tout simplement été rejetée le lendemain permettant à la soirée de se tenir. Sans oublier, au préalable le soutien de l’archevêque de Montpellier Monseigneur Turini qui semble fermer les yeux sur tous ces aspects.

Une histoire d’Halloween

Une soirée pour laquelle les organisateurs avait renforcé le nombre d’agents de sécurité. Des agents qui firent preuve de professionnalisme alors qu’ils se trouvèrent étonnement au contact direct des manifestants. Une manifestation choquante et inquiétante pour Agnès Robin, adjointe au maire déléguée à la culture, venue affirmer son soutien entier aux organisateurs. « Cela nuit gravement à la liberté de création et d’expression artistique » nous confia-t-elle. Si l’ambiance était étrange, aucune provocation exprimée ne venait de part et d’autre. Heureusement, car le dispositif policier sembla peu consistant mis en balance de ceux observaient lors d’autres manifestations ou événements et de la proportion prise par la polémique dans certains milieux. Un deux poids, deux mesures, fréquemment constaté, mais ici largement compensé donc par la prévoyance des organisateurs. 

À lire aussi

Tout cela ne gâchait pas la fête à l’intérieur. Point de messe noire ou de rituel satanique, mais des concerts de métal et des animations dans un décorum approprié pour Halloween. Il n’est même pas question de se faire peur mais de partager une culture qui joue avec certains codes et éléments de langage. Et certainement pas un quelconque satanisme ou adoration du diable ni même blasphème envers la religion. Un 23e degrés qui a justement été le point de départ de la polémique lancée par ceux qui pourtant « mangent le corps du Christ et boivent le sang du Christ » tous les dimanches… Vers 22h30, les manifestants avaient quitté la place et le Dark Halloween pouvait se poursuivre. Le Diable n’est finalement pas apparu, accordons leur ce crédit…

Quant à la Maison des Choeurs, dont la plupart auront découvert à travers cette polémique que deux évêques et un chanoine y sont enterrés, d’autres événements culturels s’y déroulant régulièrement, faut-il s’inquiéter de voir ce genre de manifestations fleurir à l’avenir ? À moins que, pour ces catholiques protestataires, il serait moins choquant dans tenir certaines plus qu’autres sur ces sépultures. Ou alors, peut-être que tout cela n’était qu’une histoire de mauvaise foi… une histoire d’Halloween. 

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.