La fabuleuse aventure musicale de la Folle Journée de Nantes, née en 1995, a attiré plus de trois millions de mélomanes en une trentaine d’éditions. Elle devrait se poursuivre l’an prochain mais ce vendredi a sonné le glas d’une époque. La mairie de Nantes a mis fin à sa collaboration avec le fondateur de l’événement, René Martin, 75 ans et a saisi le procureur de la République.
Le Centre de réalisations et d’études artistiques (Créa), fondé par René Martin et gestionnaire de plusieurs festivals, a mandaté un audit après des révélations de presse sur des dérives dans sa gestion financière et son management.
Les conclusions de l’audit « démontrent clairement que les principes d’exemplarité, de respect des droits des salariés et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ont été bafoués », affirme vendredi la mairie qui évoque aussi « l’exposition des salariés à des contenus à caractère pornographique ».
D’après le procureur de la République de Nantes, l’audit en question conclut à des « dysfonctionnements manifestes » dans l’organisation et dans les conditions du travail au sein de l’association. L’inspection du travail sera saisie dans de brefs délais.
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« Ce qui est décrit dans ce rapport pourrait, de mon point de vue, mais seulement après que seront réalisées des investigations plus approfondies, caractériser des infractions pénales de type harcèlement au travail », a ajouté le magistrat, qui a annoncé saisir dans les prochains jours un service d’enquête pénale.
En septembre, une enquête de Médiacités et de La Lettre du Musicien avait fait état d’une « porosité entre dépenses professionnelles et dépenses personnelles » de René Martin, figure de la musique classique, également fondateur du festival international de piano de La Roque-d’Anthéron, dans les Bouches-du-Rhône.
Ce vendredi, un nouvel article de Médiacités enfonce le clou : deux anciennes salariées affirment avoir été agressées sexuellement par René Martin. Le premier évènement se serait déroulé en 2010, lors d’un voyage pour l’édition d’une Folle journée à l’étranger, évoque l’une d’elles. « Nous étions seuls, il m’a touché les seins et m’a dit tu ne veux pas qu’on aille dans ta chambre ? Je l’ai repoussé et lui ai répondu ce n’est pas une bonne idée. Pendant tout le reste du séjour il a été odieux ».
Une ancienne salariée du Créa aurait vécu des choses similaires à lors d’un voyage à l’étranger « Très affectée, elle n’a pas souhaité que plus de détails soient publiés, tout en exprimant son souhait de soutenir les victimes actuelles »,explique-t-elle à Médiacités. Aucune plainte n’a jusqu’ici été déposée.
Leurs paroles viennent un peu plus alourdir les témoignages d’une vingtaine d’anciens et d’actuels salariés décrivaient un directeur artistique « omnipotent » faisant régner une ambiance de travail « très difficile » entre « compliments », « humiliation » et « emprise », dans un climat « hypersexualisé ».
« Il parle de sexe tout le temps. Il sexualise tout, en visant les femmes. Genre : Tu as une belle robe, ou telle artiste « elle joue pas mais elle est bonne », résume un salarié dans le reportage de Médiacités.
René Martin assurait de son côté n’avoir « jamais humilié personne » et « jamais eu directement de problème avec les employés ». Vendredi, il s’est dit « déterminé à défendre (son) honneur et la vérité, par toutes les voies de droit », dans un communiqué.
« J’assure les victimes, les salariés, de mon plein soutien dans ce moment difficile et douloureux. C’est désormais au Créa de tirer toutes les conséquences des conclusions de cet audit et de prendre les décisions qui s’imposent », a déclaré la maire de Nantes, Johanna Rolland, citée dans le communiqué.
La mairie s’est dit « entièrement mobilisée aux côtés de l’équipe du Créa pour réussir l’édition 2026 et poursuivre l’aventure de la Folle Journée de Nantes ». Le Département de Loire-Atlantique préfère attendre du Créa qu’il mette fin à la collaboration de René Martin.
