Plan social chez Colibri à Pons : « C’est une grosse claque. On ne dort plus, on ne mange plus »

Oct 16, 2025 | Royan

Neuf heures, ce jeudi 16 octobre. Sous l’abri du parking, c’est la pause pour l’équipe du service nettoyage de la biscuiterie Maison Colibri de Pons, au sud de Saintes. Les uns et les autres ont pris leur poste à 4 heures. Ils le lâcheront à midi. Une jolie lumière d’automne accompagne le début de journée, mais pour les salariés de l’usine de madeleines, l’horizon s’est brutalement assombri avec l’annonce de l’ouverture d’une information consultation en vue d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).

Les modalités devraient être connues ce vendredi 17 octobre, mais en tout état de cause, ce sont 61 emplois qui sont directement menacés, sans compter les postes plus précaires occupés par les intérimaires. Les informations de Paticeo, filiale agroalimentaire du groupe breton Roullier, tombent au compte-goutte.

Maison Colibri a été regroupé sous la bannière de Paticeo, il y a un an.
Maison Colibri a été regroupé sous la bannière de Paticeo, il y a un an.
Séverine Joubert / SO

Mauvais scenario

Les premières ont été livrées en visioconférence par la direction générale le vendredi 10 octobre, auprès de l’encadrement de Maison Colibri. Elles ont été répétées lundi, en salle des fours, au personnel présent et s’égrènent au fil des jours, en attendant une communication officielle cette fin de semaine. Mais le couperet d’une éventuelle fermeture de l’usine de Pons dans un an, fin octobre 2026, est dans les esprits, sauf si un repreneur se manifeste.

Ça nous fout tous dans la merde. Les gens pleurent dans l’usine

De repos lundi, Jean-Claude Wisniewski, 61 ans, a été reçu mardi 14 octobre par la direction locale avec ses collègues de l’équipe nettoyage, dont Bruno Hémert, « 56 ans le 27 octobre prochain ». Ce dernier a le douloureux sentiment de revivre un mauvais scénario. En 2013, il avait été licencié à la suite de la liquidation judiciaire des Comptoirs du biscuit (ex-Gringoire et ex-Brossard) à Saint-Jean-d’Angély. Il venait de faire construire à Mazeray, tout près de l’usine angérienne, et avait rebondi à Pons, « à 43 minutes de route ».

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Ancien fleuron industriel

L’annonce du plan social à Maison Colibri est un séisme pour Bruno Hémert. « C’est une grosse claque. On ne dort plus, on ne mange plus. Je vais vendre ma maison et retourner chez ma mère », dit-il, dépité et sans espoir pour la suite. « J’ai du diabète. Les trois quarts de mes repos, c’est pour me soigner. À mon âge, comment je vais retrouver du travail ? »

À côté, son jeune collègue intérimaire de 25 ans et jeune papa d’un bébé de 6 mois, résume : « Ça nous fout tous dans la merde. Les gens pleurent dans l’usine. » Il donne le change en souriant, mais c’est pour mieux dissimuler l’inquiétude. De même, il se cache derrière des lunettes noires non pas pour se protéger du soleil, mais pour camoufler des cernes.

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« Ça fait deux jours que je ne dors plus », enchaîne Jean-Claude Wisniewski, en CDI depuis quatre ans après une année d’intérim. « On nous demande de continuer à travailler, mais on n’a plus le moral », partage le sexagénaire qui habite Avy, à trois kilomètres. Tous savaient la situation économique difficile, mais la nouvelle a été brutale.

Demeurent des interrogations notamment sur les investissements récents : une deuxième ligne de production pour les madeleines chocolat et la rénovation de la toiture. Jean-Claude Wisniewski a sa petite idée. Il subodore que l’outil de production va partir dans l’une des usines de Paticeo, au nombre de huit actuellement : Derval (où Paticeo investit 20 millions d’euros), Carhaix, Loudéac, Saint-Tugdual, Tourc’h, Seneffe (deux en Belgique) et Pons.

La biscuiterie Colibri est présente à Pons depuis 1896.
La biscuiterie Colibri est présente à Pons depuis 1896.
Séverine Joubert / SO

La biscuiterie Colibri, longtemps considérée comme un des fleurons industriels de la Saintonge, est présente à Pons depuis 1896. Elle a connu son lot de rebondissements. Déjà en 1993, alors qu’elle était entre les mains du groupe Brossard, elle avait évité la fermeture de peu. Elle avait dû son salut à Philippe Darves-Bornoz. Il avait repris avec succès l’entreprise, portant les effectifs à 160. Il avait rejoint le groupe Roullier lors du rachat, en 2011.

Grève chez Alysse Food en Belgique

L’usine pontoise n’est pas la seule à subir une procédure de licenciement collectif au sein du pôle agroalimentaire du groupe français Roullier, basé à Saint-Malo et historiquement connu pour la fabrication d’engrais et autres fertilisants. Les travailleurs de l’usine Alysse Food (muffins, bagels et brownies), à Seneffe en Belgique, sont en grève depuis plus d’une semaine, informe le média RTBF.
En mai dernier, le groupe français leur avait annoncé la suppression de 92 des 210 postes. Les négociations achoppent sur les conditions de départs des salariés. À l’automne 2024, le groupe français Roullier avait créé Paticeo afin de regrouper sous une même entité Pâtisseries gourmandes (Ker Cadélac, Le Guillou), Maison Colibri et Alysse Food. L’objectif était de devenir « leader de la pâtisserie industrielle, tant en France qu’à l’international », affichait le groupe.