Charente-Maritime : les chasseurs à la tonne, « toujours la tête en l’air »

Sep 13, 2025 | Royan

C’est le mode de chasse le plus populaire dans notre département. De l’Aunis à l’estuaire de la Gironde, ils sont nombreux le week-end venu à rejoindre leur cabane, pardon leur tonne, dans les marais. Là, pendant de longues heures, ils guettent, à l’affût du gibier d’eau.

Christian Lucas en pleine chasse aux canards dans sa tonne de nuit.
Christian Lucas en pleine chasse aux canards dans sa tonne de nuit.
Xavier Léoty / SO

Parmi ces mordus de chasse aux oiseaux migrateurs, le nom de Christian Lucas apparaît naturellement. Vice-président de la Fédération des chasseurs de Charente-Maritime, il en est aussi le « M. Gibier d’eau ». Ses compétences sont reconnues de tous. À 55 ans, cet ostréiculteur, depuis peu à la retraite, est intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer sa passion. « Mon père chassait le petit gibier. Et puis, je devais avoir 6 ans, je suis allé avec un voisin dans une tonne. Cela a été le déclic : la nuit, les bruits, les odeurs, la petite cabane, je me suis tout de suite dit que cette chasse était pour moi », raconte celui qui dort dans sa tonne du côté de Saint-Just-Luzac « trois à quatre nuits par semaine ».

Christian Lucas dort dans sa tonne du côté de Saint-Just-Luzac « trois à quatre nuits par semaine ».
Christian Lucas dort dans sa tonne du côté de Saint-Just-Luzac « trois à quatre nuits par semaine ».
Xavier Léoty / SO

Même si elle n’est ouverte que d’août à la mi-février, la chasse au gibier d’eau se vit 365 jours par an. « Je m’occupe au quotidien de mes appelants (animal vivant — placé à quelques mètres de la tonne — destiné à attirer un animal pour le tuer, NDLR). Mes canards et mes oies sont de véritables sportifs de haut niveau et je les chouchoute. Ils ont tous un nom et la plupart connaissent une retraite paisible chez moi. Quelques-uns sont d’ailleurs enterrés dans mon jardin », confie Christian Lucas, fier de révéler que son fils Maxime est aussi devenu accro à la tonne.

Christian Lucas s’occupe au quotidien de ses appelants.
Christian Lucas s’occupe au quotidien de ses appelants.
Xavier Léoty / SO

Un grand intérêt pour les oies

L’ancien ostréiculteur accorde un grand intérêt aux oies. « C’est un oiseau méfiant, imposant et qui fonctionne de manière grégaire. » Cette chasse, le quinquagénaire la pratique la plupart du temps seul. « Lorsque je suis dans ma tonne, j’apprends quelque chose à chaque fois. J’oscille entre l’espoir d’apercevoir, et de tirer, les oiseaux. Il existe désormais des outils technologiques qui nous permettent de connaître les heures de passage du gibier. Mais je préfère clairement travailler à l’ancienne, sans ces applis », poursuit le vice-président de la Fédération départementale de chasse.

Christian Lucas préfère travailler à l’ancienne, sans applis.
Christian Lucas préfère travailler à l’ancienne, sans applis.
Xavier Léoty / SO

Effets du dérèglement climatique

Inquiet quant à l’avenir de la chasse au gibier d’eau, le chasseur constate les effets du dérèglement climatique. « Les passages des oiseaux migrateurs ne s’effectuent plus avec la même régularité », note Christian Lucas, conscient des enjeux environnementaux. « Nous sommes prêts à nous adapter aux changements, notamment pour la survie des espèces. Nous sommes responsables et gestionnaires », revendique le chasseur saintongeais qui entend pratiquer la chasse au gibier d’eau tant que son corps lui permettra. Quand il n’est pas dans sa petite cabane perdue dans le marais et qu’il fait du shopping avec sa compagne du côté de La Rochelle, il l’admet : « J’ai toujours la tête en l’air pour tenter de voir le passage des oiseaux. »