D’un sac-poubelle noir un peu froissé, il sort un énorme atlas vert, qu’il dépose sur la table. Il décale le maillot de vélo floqué au nom de son dernier projet en date. Quelques coups de langue sur son doigt pour mieux tourner les pages, puis son index s’arrête, net : « C’est là ! Exactement ici que je vais arriver : à Leh, au Tibet. »
Vincent Kerserho a 69 ans. Mais il le dit autrement. « Quel âge, j’ai ? Seize mois d’écart avec Bernard Hinot ! » Cet ancien professeur des écoles, fou de vélo, est dorénavant un aventurier. Frustré de n’avoir qu’une seule vie pour réaliser tous ses désirs d’aventure, le retraité qui a longtemps espéré une carrière professionnelle dans le monde cycliste rattrape le temps perdu en sillonnant les routes du monde sur ses deux-roues.
L’année dernière, il a relié le cap Finistère au cap Nord en Norvège, un périple de plus de 10 000 kilomètres avalés à la force des jambes. L’année précédente, il avait parcouru l’équivalent du Tour de France 1926, le plus long de l’histoire. « Je me sens étonnamment en forme ces dernières années, alors autant en profiter », sourit le sexagénaire.
« Tester mon cœur »
Vincent est un passionné. « Non pas de l’exploit ou du record, mais de la performance physique », explique-t-il. Lui qui rêve les yeux ouverts devant les prouesses des aventuriers du Vendée Globe, garde toujours ce regard d’enfant quand il parle d’exploration. Après tous ces efforts, il rêvait d’encore plus grand, de se pousser encore plus loin dans ses limites, et quoi de mieux pour ça que l’inconnu ?
« L’Himalaya… Rien que le nom, ça me fait rêver. Je pense à tous ces aventuriers, alpinistes, marcheurs, ethnologues, qui ont accompli des exploits », déroule-t-il. Après avoir voulu toujours plus loin, il fallait bien que le Senpertar vise toujours plus haut.
Il arrive au Tibet, avec l’envie de grimper à vélo les cols les plus hauts du monde, frôlant parfois les 6 000 mètres. Son challenge : « Tester mon cœur, voir jusqu’où je peux pousser. » Jusque-là son record personnel s’arrête à 2 800 mètres, soit la hauteur du Col de la Bonnette. Mais rien n’entame son assurance : « On double oui, mais ça ne me fait pas peur. »

Vincent Kerserho
« La vie que je voulais avoir »
Sur une petite feuille de papier qui lui sert de carnet de route, neuf cols sont répertoriés. « Umlingla, 5 798 mètres, Chang la, 5 360 mètres… Je ne vais peut-être pas tous les faire, mais déjà quelques-uns, ça serait magique » glisse-t-il. « Je ne sais pas jusqu’où je pourrais aller mais grâce à toutes mes aventures je sens que j’ai repoussé encore plus mes limites physiques. Partir seul m’a aussi appris à me connaître davantage », reprend-il, en confiance.
Au-delà du défi sportif, Vincent témoigne d’une soif d’évasion et de rencontres. « Quand on regarde le Tour de France, il y a aussi cette facette culturelle, les monuments, le terroir, les coutumes locales, la cuisine surtout, j’adore ça ! C’est aussi cela que je veux chercher là-bas ». Plus qu’un challenge, l’actif retraité regarde tout cela « comme un jeu ».
Un jeu dont il écrit lui-même les règles, sans pression et avec l’intention d’en profiter à pleins poumons. « C’est la vie que je voulais avoir depuis le début », confiait-il au moment de boucler ses bagages.
L’aventure de Vincent Kerserho au Tibet pourra être suivie depuis la page Facebook de Bixente bike


