Les sept coactionnaires de la SAS Bio Méthane Estuaire vont vivre des semaines déterminantes. Et stressantes, encore. À partir du lundi 8 septembre, les habitants de 21 communes (1) du Pays royannais auront tout loisir de commenter ce que leur inspire le projet de nouvelle unité de méthanisation porté par Bio Méthane Estuaire sur la commune de Semussac.
Tous agriculteurs, producteurs de céréales et même éleveur bovin en plus, pour l’un d’entre eux, les sept coactionnaires projettent la construction d’un site de méthanisation de matières organiques issues de l’agriculture, pour produire du biométhane. Bio Méthane Estuaire prévoit une production équivalant à la consommation de 3 650 logements neufs. Une demande de permis de construire sur le site de trois hectares retenu, en bordure de la D 730, entre Semussac et Cozes, a été déposée au mois de juillet. « Nous espérons la première injection de biogaz dans le réseau en septembre 2027 », avance Éric Rivier, l’un des coactionnaires.
Les mêmes réticences
Pour construire son propre projet, la SAS Bio Méthane Estuaire a bénéficié du retour d’expérience des pionniers sur le territoire du Pays royannais. Avant d’ouvrir son unité au Chay en septembre 2021, Agri-Seudre Énergies a été confronté à la méconnaissance du grand public du principe de méthanisation, à la difficile acceptation sociale d’une telle « nouveauté ». Les porteurs du projet semussacais se heurtent pourtant aux mêmes réticences.
Une présentation publique, que les coactionnaires semussacais avaient pris l’initiative d’organiser, en décembre dernier, a tourné au vinaigre. Tous les arguments anti-méthanisation y sont passés, jusqu’aux moins pertinents. Puisque le reproche de possibles nuisances olfactives a été battu en brèche depuis longtemps par l’expérience du site du Chay, reste aux opposants au projet l’argument de la sécurité routière et de l’état de la chaussée de la contre-allée qui longe la D 730.
Implantation réfléchie
Pour les opposants, parmi lesquels l’actuelle maire de la commune, Michèle Carré, le ballet des camions et tracteurs deviendrait une source de risque supplémentaire sur la route départementale, fréquentée quotidiennement par 11 000 véhicules, abîmerait la chaussée de la contre-allée, « pourtant dimensionnée pour recevoir des poids lourds puisqu’elle a notamment servi de déviation au moment des travaux sur la D 730 », rappelle Paul Balsan, autre coactionnaire.
Nous restons très silencieux, parce qu’il se dit tout et n’importe quoi et nous ne voulons pas jeter de l’huile sur le feu
Le risque pour la circulation sur la D 730 ? « De 60 à 70 % de nos apporteurs de matières – ils sont une vingtaine – sont implantés à l’est de la route et les véhicules pourront accéder à l’unité de méthanisation par la contre-allée sans avoir à s’engager sur la D 730. Quant à l’implantation du site, elle est bien au cœur de notre gisement. La majorité des apports arrivera d’un périmètre de 10 kilomètres autour du site », défend Éric Rivier.
Un sujet politique
Au corps défendant de ses porteurs, ce projet d’unité de méthanisation est devenu un enjeu électoral. Pour ne pas se laisser distancer par la position municipale – Michèle Carré a soumis le 17 décembre à son Conseil municipal le vote d’une motion s’opposant au projet –, l’élu d’opposition Bernard Bonilla, candidat à nouveau en mars prochain, s’est empressé de créer, toujours en décembre, un collectif « Semussac Stop Méthaniseur ».
Les actionnaires de Bio Méthane Estuaire font face avec discrétion à la défiance opposée à leur projet. « Nous restons très silencieux, parce qu’il se dit tout et n’importe quoi et nous ne voulons pas jeter de l’huile sur le feu. Nous avons pourtant beaucoup travaillé sur la pertinence de notre projet. » Jusqu’à rédiger un dossier d’information de 38 pages, un document exhaustif sur les tenants et aboutissants de la future unité de méthanisation, que le public peut librement consulter sur Internet (2).
Éric et Philippe Rivier, Paul Balsan, Élian Gauthier, Aurélien Séguinaud, Ludovic Benassy et Florian Balay vivent mal l’hostilité opposée à leur projet. « Notre profession subit les contraintes d’événements dont nous n’avons pas les clés : la météo, le contexte international qui fait fluctuer les prix. Si nous voulons sortir nos exploitations du trou, nous devons nous adapter, tout le temps. Avec ce projet, qui n’est qu’une diversification de notre activité, c’est ce que nous faisons, nous cherchons une solution complémentaire pour survivre », plaide Aurélien Séguinaud.
(1) Les 21 communes concernées par le plan d’épandage des digestats, des résidus utilisés dans l’enrichissement des sols. La liste des communes concernées, ainsi que le dossier du projet, figure dans l’arrêté préfectoral encadrant la consultation, ouverte du 8 septembre au 6 octobre, consultable sur le site Internet de la préfecture.
(2) Dossier accessible sur le site Internet acceptablesavenirs.fr.



