Crues à Saintes : une nouvelle étude, coup d’épée dans l’eau ou vrai espoir ?

Sep 2, 2025 | Royan

Entre 1700 et 2024, on a recensé 209 crues à Saintes, plus ou moins envahissantes. Une partie de la ville étant construite dans le lit majeur du fleuve, cela se reproduira. « On peut vivre avec les inondations. Ce n’est pas une fatalité », veut croire le maire Horizons de Saintes et président de l’agglomération, Bruno Drapron. Il dit mettre « beaucoup d’espoir » sur un dispositif lancé en février 2025, les Ateliers du territoire. « Au début, ce n’était pas gagné. Il n’y a que cinq Ateliers du territoire en France, on est le seul à destination ‘’inondations’’ », vante-t-il.

Le dispositif des Ateliers du territoire a été présenté le 12 février 2025.
Le dispositif des Ateliers du territoire a été présenté le 12 février 2025.
Séverine Joubert/archives SO

L’État finance intégralement un programme à 100 000 euros, centré sur les communes de Saintes, Chaniers, Les Gonds, Courcoury, Dompierre-sur-Charente et Rouffiac. Que peut apporter cette étude qui n’ait pas déjà été envisagé ? « On est sur des niveaux d’ingénierie assez remarquables, avec des techniciens qui sont en dehors d’un cadre politique et qui ont une dimension nationale. Ce seront eux, les prescripteurs », répond Bruno Drapron. Il espère que cela facilitera un engagement financier de l’État sur les actions identifiées. Tout l’enjeu est là.

Des « corridors »

Le cabinet a rencontré les élus en avril, puis mené une visite de terrain, en juillet. « On a eu la volonté d’inclure rapidement les habitants, les associations. Plein de choses ont été dites, réfléchies », retient Bruno Drapron. Une présentation publique aura lieu fin septembre. Puis le cabinet affinera sa copie jusqu’à une restitution prévue en janvier 2026.

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La Ville de Saintes et cinq communes concernées par les crues vont bénéficier du concours d’un bureau d’études qui sollicitera experts et habitants. L’État finance les 100 000 euros du programme

« L’objectif est de faire des choses qui soient possibles, pas de faire rêver. Il y aura des choix importants politiquement dans la modification de certains quartiers de la ville pour qu’ils puissent accepter la montée des eaux. Il faut trouver le moyen d’adapter la ville, enlever les freins à l’écoulement des eaux et permettre la perméabilité. La clé de la réussite, c’est que l’eau s’infiltre le plus vite possible. »

Désimperméabiliser le parking de l’abbaye aux Dames, à Saintes, fait partie des pistes évoquées dans cette étude.
Désimperméabiliser le parking de l’abbaye aux Dames, à Saintes, fait partie des pistes évoquées dans cette étude.
Philippe Ménard/SO
« C’est une étude de plus. C’est bien, parce que l’État amène des moyens, mais on sait à peu près tous ce qu’il faut faire »

Parmi les pistes de travail, on pourrait décaisser la couche d’argile d’une partie du parking Mendès-France, pour que l’eau s’infiltre, ou végétaliser le parking aujourd’hui bitumé de l’abbaye aux Dames. On peut aussi créer des « corridors » pour la circulation de l’eau dans les zones les plus touchées, en abattant des maisons. Cela reste des hypothèses, à mettre en perspective en fonction de leur efficacité et de leur coût. Celui de grandes retenues d’eau, une alternative remise à flot par Bruno Drapron en 2024, paraît prohibitif. « J’avais l’impression que c’était une bonne idée », souffle l’élu, qui semble se résigner.

Dossier épineux

Qu’en dit son ancien vice-président en charge de la prévention des inondations, Fabrice Barusseau, devenu député PS de la troisième circonscription ? « C’est une étude de plus. C’est bien, parce que l’État amène des moyens, mais on sait à peu près tous ce qu’il faut faire », tempère l’élu, coauteur d’un rapport parlementaire sur l’adaptation au changement climatique.

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5,42 mètres le 13 novembre 2023, 6,08 mètres le 17 décembre 2023 et 5,54 mètres mercredi 6 mars 2024. Les crues de cet hiver ont connu trois pics à l’échelle du pont Palissy et des Saintais ont eu les pieds dans l’eau. Le changement climatique est-il responsable ? Pourquoi Saintes s’est en partie bâtie dans le lit du fleuve ? Faut-il repenser la ville ? « Sud Ouest » tente de répondre à ces questions.

Le 14 mars 2025, le président de l’agglomération, Bruno Drapron, accueillait les rapporteurs de la mission parlementaire sur le changement climatique, Philippe Fait et Fabrice Barusseau, pour une réunion d’échange avec des acteurs du dossier.
Le 14 mars 2025, le président de l’agglomération, Bruno Drapron, accueillait les rapporteurs de la mission parlementaire sur le changement climatique, Philippe Fait et Fabrice Barusseau, pour une réunion d’échange avec des acteurs du dossier.
Philippe Ménard/archives SO

« Ce que je regrette un peu dans cette démarche, c’est qu’elle n’embarque que Saintes et cinq communes en amont, pas toute l’agglo. Le sujet est bien plus large que ça. Si on veut vraiment le prendre en compte, il ne faut pas s’occuper que de la Charente, ce sont ses affluents qu’il faut traiter. La solidarité amont-aval se perd », poursuit-il, convaincu que « les vraies solutions sont fondées sur la nature : préserver nos zones humides, ralentir les ruissellements ».

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Elle prend sa source à Montlieu-la-Garde et s’éparpille en de multiples bras aux portes de l’agglo de Saintes. Elle inonde parfois Jonzac et Pons et influe sur les crues de la Charente. La gestion de la Seugne est reprise en main avec une stratégie plus globale

Le principe va se confronter à la réalité. L’Agglomération peaufine son plan local d’urbanisme intercommunal. Une commune envisage un projet d’extension de zone économique sur un terrain qui serait classé en zone humide. « Si on n’est pas capable a minima de préserver les zones humides existantes, cela ne sert à rien de faire des études à plusieurs milliers d’euros », gronde Fabrice Barusseau. La gestion de ce dossier va constituer un vrai test pour Saintes Grandes Rives, l’Agglo.

Charent’Alabri sur les rails

Sur la base des crues de février 2021 et décembre 2023, près de 4 000 habitations figurent en zone de risque sur le bassin de la Charente, dont 1 226 dans l’agglomération de Saintes. Mis en place dans le cadre du Programme d’actions de prévention des inondations (Papi) du fleuve Charente, le dispositif Charent’Alabri propose une prise en charge de travaux permettant aux bâtiments de mieux « digérer » les crues. Il commence à se concrétiser. Pour la ville de Saintes, 103 diagnostics ont été effectués, dont 94 ont abouti. Neuf chantiers ont été réalisés, pour une somme d’environ 150 000 euros, dont 32 000 euros versés par l’Agglomération et le Département, et le reste par l’État, via le fonds Barnier.