« On ne manque pas de coiffeurs à Saintes » : près de 30 salons sont installés en ville, est-ce trop ?

Août 26, 2025 | Royan

Que ce soit sur le cours National, l’avenue Gambetta ou dans le cœur historique de la ville de Saintes, les coiffeurs et les barbiers sont omniprésents. Une trentaine d’établissements sont regroupés dans le centre-ville de la commune qui compte 25 000 habitants. Est-ce qu’il y en a trop ? C’est la question que nous avons posée aux professionnels. « C’est vrai, nous sommes nombreux. Plusieurs fois, les clients m’ont aussi fait cette remarque : on ne manque pas de coiffeurs à Saintes », assure Nathalie Papazian, gérante d’un salon de coiffure. « On a de la chance d’avoir une clientèle de proximité », ajoute-t-elle.

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« En coiffure, les prix sont libres »

Implantée depuis trente ans à Saintes, Nathalie Guillermou partage ce constat. « Chacun possède sa propre clientèle. Mais si un établissement s’installe, ce n’est pas pour autant qu’on va moins travailler », affirme-t-elle. « La coiffure c’est avant tout un service pour se sentir beaux et belles. » Jacqueline, confortablement assise, en train de se faire coiffer, confirme : « Ça fait huit ans que je viens ici. C’est un moment privilégié, je viens exprès pour être seule. J’aime bien discuter dans l’intimité. »

Depuis quelques années, les deux coiffeuses constatent la floraison de nombreux barbiers en ville. « Les jeunes générations sont plus volatiles », confie Nathalie Papazian. Tony Barbereau, 19 ans, travaille seulement depuis quelques semaines dans un barbershop implanté depuis 2022 à Saintes. Il est surpris lorsqu’il apprend que neuf barbiers sont recensés dans le centre-ville. « Pour nous les barbiers c’est plutôt de jeunes hommes, en majorité entre 14 et 27 ans. Les clients choisissent selon le prix, le service fourni et le contact clientèle, le plus important », selon lui. Les prestations du salon oscillent entre 22 et 28 euros.

Titulaire d’un CAP coiffure, Tony Barbereau, 19 ans a l’ambition de « gérer un salon » à l’avenir.
Titulaire d’un CAP coiffure, Tony Barbereau, 19 ans a l’ambition de « gérer un salon » à l’avenir.
Mathis Maudet

Un salon pour 620 habitants

Cependant, Nathalie Papazian s’étonne de certaines prestations proposées à des prix bas pour certains salons. « En coiffure les prix sont libres. Certains établissements cassent le marché en proposant des coupes à a peine 10 euros. » Le 30 juin dernier, l’Union nationale des entreprises de coiffure (UNEC), premier syndicat du secteur, avait appelé à une manifestation nationale, organisée à Paris, pour dénoncer une concurrence déloyale. Tony Barbereau est plus partagé : « Mon avis ? Il en faut pour tout le monde. Certains clients ne souhaitent pas mettre le prix donc ils se dirigent vers des établissements moins chers. »

Au 1er janvier 2024, plus de 109 000 établissements de coiffures étaient recensés en France, d’après les chiffres de l’Insee.
Au 1er janvier 2024, plus de 109 000 établissements de coiffures étaient recensés en France, d’après les chiffres de l’Insee.
Mathis Maudet

Pour ouvrir un salon de coiffure en France, il n’est plus obligatoire d’avoir un brevet professionnel de coiffure depuis l’application d’une directive européenne en juillet 2023. Un CAP Coiffure ou trois années d’exercice peuvent permettre de lancer son propre salon. Titulaire d’un CAP coiffure, Tony Barbereau a l’ambition de « gérer un salon » à l’avenir. En Charente-Maritime, la densité de salons de coiffures par rapport au nombre d’habitants est particulièrement élevée : plus de 184 salons pour 100 000 habitants dans le département, soit un salon pour 620 habitants.

Mobilisation nationale des coiffeurs

Le 30 juin dernier, une mobilisation nationale a été menée par l’Union nationale des entreprises de coiffure (Unec) pour lutter contre des pratiques qui s’apparentent à de la concurrence déloyale. « Le nombre d’actifs dans la profession reste stable, on est autour de 180 000 personnes. Mais on observe un changement : le nombre de microentreprises continue d’augmenter », indique Laurent Melin, président du syndicat de l’Unec en Nouvelle-Aquitaine. Et d’ajouter : « Cela permet une diversité d’offre même si on sait qu’il y a une baisse de la consommation en coiffure de la part des clients depuis la fin de la pandémie de Covid-19. »
Quelques jours avant la mobilisation, Thierry Randon, président de l’Unec en Charente-Maritime et élu à la Chambre de métiers du département s’est rendu à Saintes. « J’ai poussé la porte de 25 coiffeurs pour échanger. De belles entreprises tournaient mais j’ai également vu un salon avec huit employés qui fermait », raconte-t-il avant de poursuivre : « Aujourd’hui, la profession est confrontée à des soucis récurrents qui touchent l’ensemble de l’artisanat. Les professionnels cherchent du personnel qualifié et des apprentis. En Charente-Maritime, nous sommes exemplaires à ce niveau : au centre de formation de Lagord il faudrait pousser les murs. Je suis dans le métier depuis quarante ans, il y a trop de salons et beaucoup travaillent seuls. »