« Je pense que les pollueurs se disent qu’un bénévole viendra ramasser leurs déchets, alors ils se permettent de ne pas les jeter dans les poubelles », s’exaspère Tristan de Pelseneer, président de l’Apporte Bonheur. L’association rétaise organise mensuellement, depuis quatre ans, des collectes de déchets sur les plages.
« Depuis l’interdiction, il y a plus de déchets sur le secteur de l’île de Ré et de La Rochelle », déplore-t-il. Pour leur dernière opération, en juillet, près de 5 000 mégots ont été ramassés sur une plage de l’île. Un chiffre en nette hausse : l’an dernier, dans des conditions similaires, une vingtaine de bénévoles en récoltaient environ 3 000. Un constat que pose également Echo-Mer, une association Rochelaise engagée dans la dépollution du littoral. Mais les associations insistent : les mégots ne sont pas le seul problème.
Une interdiction peu appliquée
Si la loi prévoit bien l’interdiction de fumer sur les plages, son application reste limitée. « Peu ou pas d’amendes sont données, affirme Tristan de Pelseneer. Les forces de l’ordre nous disent que la plupart des dossiers seraient classés sans suite. Je suspecte même les mairies de ne pas vouloir sanctionner les touristes, ce qui serait mauvais pour leur économie », explique-t-il. Un point que les municipalités ne confirment pas. À La Rochelle, où l’interdiction est en place depuis 2020, la Ville n’a pas communiqué de données sur l’évolution du nombre de mégots collectés.

Romuald Augé
Selon Clara Guitton, sauveteuse à la plage des Minimes, les policiers n’effectuent pas de rondes spécifiques sur les plages pour vérifier si la loi est respectée. Ils interviennent surtout sur appel des sauveteurs. « Heureusement, lorsqu’on explique à un vacancier qu’il ne peut pas fumer, il va fumer en dehors de la plage ou éteint sa cigarette. Ce n’est pas un point de tension sur notre plage », affirme-t-elle.
Pour les associations, l’interdiction nationale de fumer reste avant tout symbolique. « On n’a pas l’impression qu’il y a une vraie prise de conscience », estime Echo-Mer. Un problème d’autant plus important que l’Apporte Bonheur dit manquer de bras pour faire face à la hausse des déchets.
Les mégots, mais pas seulement
La Commission européenne tire la sonnette d’alarme : les mégots de cigarette constituent, après les bouteilles en plastique, les déchets les plus collectés sur les plages européennes. « Mais on retrouve aussi beaucoup d’objets de plage abandonnés : seaux, pelles, râteaux, frisbees… Ces accessoires ne valent presque rien, et certaines familles les laissent derrière elles à la fin du séjour », observe Tristan de Pelseneer. Clara Guitton, constate un autre phénomène : « Ici, le vrai problème, c’est le verre, pas les mégots. » Elle qui a travaillé sur des plages de la Côte d’Azur l’assure : « Ça n’a rien à voir avec les quantités de mégots dans le Sud. Les gens ici sont plus respectueux. »
Cette mesure nationale est aussi environnementale que sociale : chaque année, le tabagisme passif provoque entre 3 000 et 5 000 décès en France, rappelant l’enjeu sanitaire derrière l’interdiction.


