À Montpellier, le festival Swinging veut changer de tempo : « Nous avons fait nos preuves »

Juin 25, 2025 | Montpellier

Dans le jardin attenant à la Maison des relations internationales, baigné de lumière et bruissant d’enthousiasme, l’équipe de Swinging Montpellier a esquissé les contours d’un rendez-vous en passe de devenir incontournable. Élus, artistes, partenaires, bénévoles et curieux partageaient un même tempo : celui d’un projet culturel libre, exigeant et profondément vivant. “On ne veut pas d’un géant aux pieds d’argile, martèle Lorène Delcor, la cheville ouvrière du festival. On plante pour durer.”

Si la conférence de presse s’est tenue à la Maison des relations internationales, ce n’est pas un hasard. Le lieu célèbre ses 25 ans comme vitrine de l’ouverture montpelliéraine au monde. “Le swing est né dans la diaspora, dans l’exil, dans le métissage, rappelle la directrice. Être ici, c’est honorer cette mémoire. Et inscrire Montpellier dans ce dialogue mondial.”

Avec plus de 600 inscrits aux masterclass représentant 22 nationalités, Swinging Montpellier ne se contente plus d’exister : il rayonne. “On a terminé le temps de la preuve. Il faut désormais faire pousser les racines, structurer, porter haut nos valeurs”, insiste-t-elle. Et cela passe aussi par l’accueil du grand public, avec trois soirées gratuites sur la place royale du Peyrou : concerts live, initiations swing ouvertes à tous, battle swing vs hip-hop, et une finale autour d’Ella Fitzgerald. “On veut des familles, des jeunes, des habitués, des novices. Il faut que la ville entière puisse en profiter”, complète-t-elle.

Masterclass et initiations seront au menu du Swinging Festival 2025 @ektasud
Masterclass et initiations seront au menu du Swinging Festival 2025 @ektasud

Depuis 2023, Rémy Kouakou Kouamé signe une direction artistique ancrée dans une lecture sensible de l’histoire. Chorégraphe, DJ, danseur, il pense chaque duo invité comme un maillon d’un récit collectif. “Je travaille par couches, par textures. Ce n’est pas un best of du swing. C’est une cartographie. Chaque artiste incarne une mémoire, une esthétique, une posture.”

Au programme 2025 : Nils et Bianca (Suède-Italie), stars planétaires du Lindy Hop, Vincenzo et Moe(Italie-Japon), mentors du directeur artistique, Pamela et Tadas (Lituanie), figures émergentes de la scène contemporaine, et Leti et César, duo montpelliérain aujourd’hui salué à l’échelle européenne.

Côté solo jazz, le plateau est tout aussi fort :

  • Josette Wiggan, légende afro-américaine des claquettes et du jive
  • Tyedric Hill, jeune phénomène new-yorkais, dont la physicalité explosive fait dialoguer jazz vernaculaire et énergies afro-urbaines.

Enfin, le partenariat avec Salia Sanou (compagnie Mouvement Perpétuel) ouvre les festivités avec “Aux sources des danses jazz”, un atelier chorégraphique croisant racines africaines et modernité. Une rencontre inscrite dans la biennale Les chemins du vivant, orchestrée par M28 Terre de culture.

C’est une affiche à faire danser les murs. Cette année, Swinging joue la carte du live d’exception. “On a deux groupes que le monde nous envie”, sourit le directeur artistique du festival. Le premier débarque de Bordeaux : le Hot Swing Sextet, formation explosive menée par “un trompettiste haut de forme et hautement charismatique”. Ils ouvriront les soirées des jeudi 17 et vendredi 18 juillet. 

Mais la pépite, celle qui fait battre le cœur du programmateur, c’est les Carolina Reapers Swing. “C’est simple, pour moi, c’est le meilleur sextet swing aujourd’hui. Et ils sont de Montpellier !” lance-t-il avec fierté. Leur présence samedi et dimanche soir s’annonce comme l’un des sommets du festival. 

Trois soirées gratuites seront proposées lors du Swinging Montpellier 2025 @ektasud
Trois soirées gratuites seront proposées lors du Swinging Montpellier 2025 @ektasud

Et comme les bonnes ondes ne s’arrêtent pas là, les après-midis auront aussi leur bande-son. Little Guinguette, trio aux accents bechet-iens, prendra possession de la scène guinguette le samedi avec clarinette volubile, trompette rétro et claquettes en live. Petit Vince Trio, lui, donnera un ton rhythm et blues le dimanche, avec une énergie communicative.

Avec un budget stable de 100 000 €, le festival affiche un modèle audacieux : 70 % d’autofinancement, essentiellement via les masterclass (50 000 € anticipés en 2025). “On ne repose pas sur la billetterie car 80% du festival est gratuit. Et nous sommes obligés de pousser sur un terrain qui est aujourd’hui difficile. L’objectif pour les prochaines années est de sécuriser le financement, voire de tirer des bénéfices, afin de pouvoir agir comme on le souhaite”, explique Lorène Delcor.

Car aujourd’hui, malgré son enracinement, la tenue de l’événement reste fragile. “Sans mécènes, sans ventes de boissons, sans soutien logistique, ce serait intenable”, précise-t-elle. La part publique (30 %) repose sur un équilibre entre Ville, Métropole, Région et partenaires. La subvention municipale, rehaussée la veille lors du conseil municipal, permet cette année d’ouvrir plus largement aux jeunes publics, notamment à travers des actions en quartier prioritaire.

Pour Agnès Robin, adjointe à la culture, le festival coche toutes les cases d’une politique culturelle contemporaine : “Exigence artistique, ouverture à tous, rayonnement international et ancrage local. Et surtout, une capacité à investir l’espace public avec poésie et sens. Danser au Peyrou, c’est une déclaration : la ville est à nous, à tous.”

Le programme complet sur swingingmontpellier.fr/programme