« J’ai l’impression qu’on parle un peu trop de moi. » Grégory Charles, 37 ans, ne veut pas expliquer ses scarifications en détention. Il ne veut pas répondre aux questions trop personnelles en général. « Le but de ce procès, c’est quand même de vous connaître un peu plus pour vous juger », précise le président Franck Wastl-Deligne.
Du lundi 23 au mercredi 25 juin, devant la cour d’assises de Charente-Maritime, réunie à Saintes, ce père de six enfants, conçus avec trois femmes différentes, est jugé pour vol avec violence ayant entraîné la mort. C’était le 5 juillet 2021 avenue Amerigo-Vespucci, dans le quartier de la Ville-en-Bois, à La Rochelle. Un homme de 72 ans, Jean-Jacques Le Guennic, était retrouvé décédé sur son balcon.

Augé Romuald/SO
La victime avait été attachée, bâillonnée et gazée par un individu. Le septuagénaire avait été retrouvé pendu par les pieds au balcon de son appartement. Il était mort d’une asphyxie à la suite de sa chute. L’enquête avait mené à Grégory Charles, multirécidiviste aux multiples condamnations. Son casier en comporte 36 aujourd’hui.
« J’ai la haine »
L’accusé ne souhaite pas non plus s’appesantir sur le verdict qui lui a ajouté dix ans de prison, dans cette même salle du palais de justice de Saintes, en février 2024. À l’époque, c’était pour un viol et vol d’une Saintaise, à Bourcefranc-le-Chapus. « J’ai la haine, j’ai été injustement condamné. Ça n’en restera pas là. »
Et Nicolas Pétriat, l’avocat général, de saisir la balle au vol : « Ce sont des menaces ? » « Mais non, je parle pour moi, répond le gaillard en chemise blanche. Je ne vois pas en quoi ça intéresse notre affaire. » « On ne vous demande pas de juger de la pertinence des questions mais d’y répondre », recadre le président Franck Wastl-Deligne. Jusque-là, l’après-midi avait été calme mais, une fois le micro ouvert, dur, dur d’arrêter l’accusé.
Vols, viols, violences…
Ce lundi, il a été question de la personnalité de l’accusé. Né en 1987, il a été élevé par sa grand-mère maternelle. Sa mère, âgée de 19 ans, en était incapable. « C’est elle qui concentre tous ses maux, éclaire la psychologue appelée à la barre. Pour lui, sa mère a détruit sa vie. » Son aïeule représente la seule période stable de sa vie, jusqu’à ses 6 ans.
Après, il est retourné chez sa mère en couple avec un homme alcoolique. Deux demi-sœurs naîtront. Après, ça s’est envenimé : violences et relations incestueuses. L’accusé dit avoir vu son beau-père au lit avec ses jeunes filles. « On m’a reproché d’en avoir parlé… » Vers 14 ans, son père biologique, issu de la communauté des gens du voyage, l’a pris avec lui. C’est la période de ses premiers délits et crime. Vols, viols, violences, menaces émaillent son parcours.
Avec trois femmes, il a eu six enfants. Deux d’entre eux sont décédés de la maladie de Huntington dont il est également atteint. Héréditaire et rare, elle se traduit par une dégénérescence neurologique provoquant d’importants troubles moteurs, cognitifs et psychiatriques.
« Aucune empathie »
Le psychiatre qui l’avait examiné en juin 2022 relève des troubles de la personnalité de type psychopathique. « Une injonction de soins est inutile, dès lors qu’il ne reconnaît pas sa culpabilité. Il n’a aucune empathie. » Ces derniers mots font bondir l’accusé : « Je suis quelqu’un qui a beaucoup d’amour, je ne suis pas antipathique. » Le président l’éclaire sur le sens des mots. La psychologue constate un sentiment de persécution, « sa défense paranoïaque ». « Tout le monde se trompe et c’est vous qui avez raison », résume l’avocat général.
Libérable au 22 avril 2037, il a 11 peines en cours. Sans compter la peine prononcée après ce procès pour lequel il risque la perpétuité.



